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Fig. 0

Avril 1876 – Première publication du Bulletin de la Société de Borda

    C’est en avril 1876, alors que la Société de Borda n’a que quelques mois d’existence que paraît le premier Bulletin d’une très longue série. Si ce terme peut paraître impropre aujourd’hui pour désigner une revue qui a publié en moyenne près de 400 à 500 pages annuelles selon les époques, la Société ne saurait l’abandonner aujourd’hui alors que sa documentation figure sous cette référence et sa périodicité a été exemplaire. Néanmoins, ses dirigeants n’imaginaient certainement pas que, 150 ans plus tard, il inspirerait encore de nombreux auteurs et un large lectorat. Ils ne soupçonnaient pas que le Bulletin deviendrait une référence pour le chercheur ou le curieux s’intéressant « à la Gascogne en général et au département des Landes en particulier », selon l’art. 1 des statuts de 1876. La publication du Bulletin a été faite le plus souvent sous la forme de fascicules trimestriels. À l’exception de 1912 (1), la Société a édité au moins un bulletin par an, mais ce fut le plus souvent quatre. Les statuts de 1876, et ceux en vigueur depuis 1997 ne stipulent pas la fréquence de sa parution. Seules les circonstances ont parfois amené à réduire leur nombre. Mais dès la première année, il devient trimestriel.

    La couverture du tout premier Bulletin est vert foncé avant d’évoluer. De 1877 à 1889 – à l’exception de 1886 et 1887 – les couvertures demeurent roses. Ses couvertures sont en papier, ce qui ne favorise pas leur conservation et leur fixation avec le corps du Bulletin quand il est soumis à de nombreuses manipulations : fragiles, elles se détachent régulièrement et se perdent. Entre 1890 et 1915, elles virent au bleu, puis au vert entre 1916 et 1918 avant de retrouver un teint rose jusqu’en 1921 (2). Puis, pendant près de 20 ans, elles changent de couleur au cours d’une même année, semblant n’obéir à aucune logique, qui aurait pu être, par exemple, celle d’une couleur par trimestre. Les années 1940 privilégient le vert. Lors des années 1950, le bleu domine avant une longue période en gris vert pastel entre 1957 et 1991. Depuis 1992, une illustration en couleur a pris place, changée quasiment chaque année (Fig. 1 et 2).

Fig. 1 – Couverture de 1876. © Société de Borda.

Fig. 2 – Couverture de 1877. © Société de Borda.

    Les premières pages du Bulletin du 1er trimestre 1876 rappellent la date de fondation, le 25 janvier 1876 (2), et ouvrent sur la liste des présidents d’honneur (4) (3), des membres d’honneur (1) (4), des membres fondateurs (20), des membres titulaires au premier trimestre 1876 (85), des membres correspondants (10) et des échanges (1). La publication de ces listes, communes aux revues des sociétés savantes, durera jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale (5). En raison du nombre croissant de sociétaires et des échanges, cette partie avait fini par occuper un nombre de pages important. À cette occasion, les statuts de la Société sont publiés, suivis par les comptes-rendus – copieux à certaines périodes – des séances de travail qui réunissent les sociétaires. Puis deux articles viennent compléter ce trimestre. Le premier est celui d’Hector Serres, vice-président de la Société de Borda, à propos d’une thématique promise à un bel avenir dans la cité sous-préfecture : « Considérations sur les sources thermo-minérales de Dax et analyse chimique de six d’entre elles » ; le second est l’œuvre du président Henry du Boucher sur une « Note sur une framée (6) mérovingienne trouvée à Uza (Landes) ». La Société Ramond, sa consœur de Bagnères-de-Bigorre avec laquelle elle échange son Bulletin, y va de ses encouragements : « Nous félicitons la Société de Borda de ses premiers travaux, déjà si variés et si propre à stimuler le zèle de ses devanciers. » (7) Jusqu’en 1883, le Bulletin offre surtout des articles scientifiques et archéologiques avant que l’histoire ne prenne le dessus au tournant du XXe siècle (8). Enfin, la 4e de couverture accueille le sommaire jusqu’en 1956 puis de nouveau à partir de 2009 (Fig. 3). 

Fig. 3 – Premier article dans le Bulletin, signé Hector Serres. © Société de Borda.

Ce Bulletin du 1er trimestre 1876 comporte ainsi 47 pages. Il sera de 44 pages au 2e trimestre ; de 32 au 3e trimestre ; et de 58 au 4e trimestre, soit 181 pages pour l’année 1876. Il est imprimé chez Émile Campion (1830-1890), originaire de Mauléon et dont l’atelier était situé au 9 (bis) de la rue Neuve à Dax. Ayant racheté l’affaire à Guillaume Bonnebaigt en 1866, celui-ci n’exploite toutefois son brevet de lithographe que de façon intermittente (9). C’est ce qui a probablement obligé la Société de Borda à trouver d’autres prestataires pour illustrer le Bulletin. Les Landes sont alors un vaste terrain de fouilles et ces découvertes nécessitent le recours d’illustrations. Pour avoir un grand nombre de planches, fidèles, bien faites et, surtout, bon marché, le président Henry du Boucher explique que :

« Celui qui a fait le dessin des urnes, dont vous n’avez pas été trop mécontent, confie-t-il à l’archéologue Émile Cartailhac, est un dessinateur des Ponts et Chaussées qui s’est chargé de tous nos travaux de dessin et comme c’est un de mes camarades de collège, il s’en est chargé gratis. Les clichés sont faits à Bordeaux sur zinc (procédé Gagnebin) et nous reviennent à 0,05 le centimètre carré » (10). 

Elle fait aussi appel à Paul Dujardin, spécialisé dans l’édition de planches gravées par le procédé héliographique en taille-douce d’après photo. Il avait son atelier dans le 6e arrondissement de Paris (11) ; à Jacques Cluzeu, lithographe (et imprimeur) à Bayonne depuis 1868 (12) ; et à Ferdinand Bérillon, photographe parisien qui avait un atelier à Bayonne. Il était aussi membre de la société savante locale (13) (Fig. 4). Toutefois, dès 1877, la Société de Borda change d’imprimeur et confie l’impression de son Bulletin à Jean Justin Justère dit Jestède (1838-1924), originaire de Saint-Sever. Celui-ci avait son atelier au 24, boulevard de la Marine (actuel Cours Maréchal-Foch) à Dax depuis 1873 (14). Son affaire sera reprise par Hazaël Labèque en 1890 et ce, jusqu’en 1946 (Fig. 5).

Fig. 4 – Verso d’une photo-carte de visite de Ferdinand Bérillon. © Coll. part.

Fig. 5 – Carte de visite de l’imprimerie Labèque. © Coll. part.

Au cours des premières années, alors que la méthodologie était encore balbutiante, les découvertes archéologiques étaient souvent sujettes à interprétation parmi les experts, dont les critiques pouvaient être sévères. Du Boucher se retrouvait alors confronté à un dilemme lors de la publication dans le Bulletin :

« je me trouve dans la double alternative ou de laisser passer des hérésies ou de décourager par des critiques trop sévères les bonnes volontés et les chercheurs qui s’offrent à m’aider dans ma tâche. Je préfère l’hérésie pourvu qu’elle ne soit pas monstrueuse ; elles peuvent être mises sur le compte de notre jeunesse et de notre inexpérience ; lorsque le temps, ce grand maître, nous aura mûris, nous serons moins excusables et nous aurons le devoir de surveiller davantage les opinions scientifiques, dont, à la grande rigueur, nous sommes tous solidaires. » (15)

En effet, le temps a désormais fait son œuvre. La jeunesse est devenue sagesse et l’inexpérience s’est transformée en compétence. Depuis, « la collection du Bulletin […] constitue une véritable encyclopédie régionale et une mine précieuse de renseignements introuvables partout ailleurs » (16).

Gonzague Espinosa-Dassonneville

Notes
1- Cette année-là devait être réservée à la publication de tables analytiques qui n’ont jamais paru, en raison du décès du président François Abbadie, son initiateur.
2- On peut légitimement penser que les changements d’imprimeurs et les contraintes matérielles liées à la Première Guerre mondiale et ses lendemains ont influencé ces évolutions.
2- Voir : https://www.societe-borda.com/25-janvier-1876-fondation-de-la-societe-de-borda/
3- Le préfet des Landes et le maire de Dax, de droit ; Antoine d’Abbadie, membre de l’Institut et propriétaire dans la région ; Henry de Lobit de Monval, probablement pour sa qualité de doyen des membres fondateurs.
4- Édouard Perris (1808-1878), vice-président du conseil de préfecture à Mont-de-Marsan. Entomologiste reconnu, il avait été le président de la Société d’agriculture, des sciences, lettres et arts des Landes (1872-1874) avant de démissionner. Souhaitant rejoindre la Société de Borda comme « membre correspondant », cette qualité lui est refusée, car les statuts l’interdisent pour tout résidant dans les Landes. Toutefois, elle vote à l’unanimité pour en faire un « membre honoraire » (art. 5 des statuts de 1876) « pour lui donner ainsi la marque la plus éclatante de son estime et de sa reconnaissance », Bull. Soc Borda, 1er tri., 1876, p. 15.
5- Avec plusieurs interruptions (1912, 1917-1920, 1929-1930, 1936).
6- Lance à fer très long, utilisée par les Francs au Haut Moyen-Âge.
7- Bull. Soc. Ramond, 1876-1877, p. 138.
8- La première étude historique n’apparaît qu’au 1er trimestre 1877 avec François Abbadie.
9- Arch. nat., F18 1953. Dossier Campion.
10- Arch. mun. Toulouse, 92 Z-757/2. Henry du Boucher à Émile Cartailhac, Dax, 13 juillet 1877. Souligné par Du Boucher. Malheureusement, ces dessins ne sont pas signés.
11- Fiche Dujardin sur la France savante : https://cths.fr/an/savant.php?id=116287
12- Arch. nat., F18 2040. Dossier Cluzeu. Parfois écrit, erronément, « Cluzeau ».
13- Bull. Soc. Sciences et Arts de Bayonne, 1874, p. XXI.
14- L’Imprimerie. Journal de la typographie et de la lithographie, avril 1873, p. 234. Il est également l’imprimeur de journaux dacquois comme L’Adour (feuille bonapartiste) et L’Avant-garde (feuille orléaniste). Ses adversaires politiques, dont Le Républicain landais, ne se privaient pas de rappeler au grand public qu’il était né de père inconnu.
15- Arch. mun. Toulouse, 92 Z-757/1. Henry du Boucher à Émile Cartailhac, Dax, 6 juillet 1877.
16- Bull. Soc. Borda, 1er tri., 1946, p. 63.
Pour en savoir plus
Bulletin de la Société de Borda, 1er tri., 1876, p. 1-47.
-Cahuzac B. et Taillentou J.-J., 2010. À propos du 500e numéro du Bulletin, Bull. Soc. Borda, n° 500, 4e tri., p. 395-406.
-Espinosa-Dassonneville G., La Société de Borda. Histoire d’une société savante (1876-2026), Dax, Société de Borda, 2025, 370 p.

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