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11 mai 1922 – Première femme admise comme sociétaire

Marquée jusque-là par un recrutement exclusivement masculin, la Société de Borda admet dans ses rangs, lors de sa séance du 11 mai 1922, Marie-Thérèse Roques de Borda, baronne de Lataulade. Issue de la longue lignée des Borda, elle est la descente collatérale d’un frère du chevalier de Borda, Jean Joseph (1740-1826) qui eut une fille, Charlotte (1788-1880), qui se maria avec Arnaud Vincent Cabannes de Cauna. Elle est la mère de l’héraldiste Bernard Augustin, l’auteur de l’Armorial de Cauna, et de Marie-Thérèse (1815-1851) qui épousa Charles Roques (1812-1889), médecin à Saint-Palais dont la famille est originaire de Gourdon dans le Lot. De ce mariage est issu Paul (1843-1917), devenu officier des dragons sur le tas sous le Second Empire (1). Il obtient de pouvoir relever le nom de Borda et de l’ajouter à son patronyme (2). En 1872, il se marie avec Marthe Bidegaray (1845-1929), fille d’un médecin de Garris (3). De cette union sont nés trois enfants, dont Marie-Thérèse, le 17 juillet 1877 à Saint-Omer, ville du Pas-de-Calais où son père était en garnison (Fig. 1).

Fig. 1 : La baronne de Lataulade en 1956. © Société de Borda.

    En 1896, elle épouse à Bonnegarde le baron Dominique de Lataulade-Domenger (1863-1941), dernier du nom et propriétaire du château de Marquebielle à Saint-Cricq-Chalosse. Fervent catholique et royaliste, le couple mène une vie mondaine conforme à son milieu et dans lequel l’exercice de la charité est un devoir. Chaque année, il organise des matinées théâtrales à Marquebielle pour recueillir des fonds et financer l’école libre de Saint-Cricq. Avec une petite troupe d’amateurs composée d’amis et de parents, la baronne de Lataulade n’hésite pas à jouer dans les pièces. En 1905, elle incarne ainsi le traître Ganelon (!) dans La fille de Roland (1875), drame en vers d’Henri de Bornier, qui a connu un grand succès au Théâtre-Français avec Sarah Bernhardt dans le rôle principal (4). Femme de convictions, la baronne est une militante de l’Action française et préside le groupe des Dames royalistes des Landes (5).

Fig. 2 : Château de Marquebielle. Dessin de Ferdinand Bernède. © Société de Borda.

    Fait peu banal, le 24 mai 1934, elle organise son enterrement fictif, car elle se rendit compte que « c’était toujours à l’occasion d’un deuil qu’une même famille et ses amis avaient le plaisir de se rencontrer ». Elle décide alors de les inviter à lui rendre visite « dont je ne pourrai jouir, écrit-elle, au jour de mes obsèques et de les grouper pour une réunion sympathique qui serait, si vous voulez, l’enterrement de ma jeunesse ou mes illusions – car nous perdons tous, chaque jour, quelque chose – heureux ceux qui en conviennent gaiement. » (6) 160 personnes répondirent à l’appel !

    Les archives de la Société de Borda sont peu dissertes quant aux circonstances de sa cooptation, fonctionnement qui restera en vigueur jusqu’au lendemain de la Libération. Mais elles le sont également pour les autres candidats. Présentée par Gaspard de Lataulade – son cousin et ancien secrétaire général de la Société – et Louis Dufourcet – trésorier –, sa candidature est ratifiée à l’unanimité. Là encore, il en était de même pour tous les autres prétendants présentés. Si l’entrée d’une femme dans la compagnie savante landaise est une petite révolution, il faut se garder de surinterpréter cet événement avec nos yeux contemporains. Sa candidature a été soumise en même temps que quatre autres masculines, tandis qu’il n’y a pas eu, semble-t-il, d’écho dans la presse départementale (Fig. 3). Néanmoins, la baronne de Lataulade incarne les canons de la notabilité de l’époque qui représentent une partie non négligeable des adhérents d’alors. Dans les années 1920, la Société de Borda recrute à tour de bras pour remonter des effectifs en berne depuis le début du XXe siècle. L’ouverture à la gent féminine a probablement été envisagée comme une solution. Sa cooptation a été aussi un moyen de rappeler les liens qui unissait la Société avec la famille de Borda par l’intermédiaire des deux parrains qu’elle s’était choisis : le chevalier de Borda et Jacques-François de Borda d’Oro (7).

    Lorsqu’on compare cette ouverture avec celles des autres sociétés savantes du bassin de l’Adour, force est de constater que la Société de Borda était loin d’être pionnière à ce sujet. En effet, celle de Bayonne avait fait rentrer dès 1892 Rose Foy, l’épouse du banquier Simon Lazard, native de la ville, et celle de Pau dès 1908, Geneviève Talamon, originaire de Nay et épouse d’un autre banquier, Émile Guiard. Toutefois, la pionnière en la matière est l’Académie royale de peinture et sculpture avec Catherine Duchemin, artiste peintre, qui a été reçue dès le 14 avril 1663 ! (Fig. 4) La cooptation de la baronne de Lataulade en 1922 s’inscrit ainsi dans une longue et progressive histoire d’ouverture des institutions. La même année, Marie Curie devient la première femme élue à l’Académie de médecine. Cette ouverture à la Société de Borda sera suivie par 96 autres cooptations jusqu’en 1947 (Fig. 5).

Fig. 3 : Extrait du procès-verbal de la séance du 11 mai 1922. © Société de Borda.
Fig. 4 : Portrait de Catherine Duchemin à son chevalet. Inconnu. École française.
(entre 1663 et 1665). © Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.
Fig. 5 : Élection de Marie Curie à l’Académie de médecine, le 7 février 1922. © Musée Curie.

    Loin d’être une adhérente passive se contentant d’une simple appartenance, la baronne de Lataulade a participé, au contraire, aux activités de la Société. En 1926, elle est présente lors du congrès organisé à Dax dans le cadre des 50 ans de la compagnie savante, et en 1933 lors du bicentenaire de la naissance du chevalier de Borda associé au « bimillénaire » des eaux de Dax. Entre 1935 et 1947, elle publie huit articles dans le Bulletin relatif à l’histoire de la Chalosse et de la noblesse gasconne. Enfin, elle accède à des fonctions à responsabilité en 1937. Après le retrait de la présidence de Me Ferdinand Puyau, c’est le 2e vice-président, Louis Dufourcet, qui lui succède, laissant la place vacante à la baronne de Lataulade. Elle devient, là encore, la première femme à occuper un poste au bureau de la Société de Borda où elle est constamment réélue.

    En décembre 1941, la mort du président Louis Dufourcet et l’occupation allemande – coupant en deux (jusqu’en novembre 1942) le département des Landes – ne permettent pas de procéder à des élections pour le remplacer. Pour ne rien arranger, le chanoine Césaire Daugé, 1er vice-président résidant en zone libre à Duhort-Bachen, a beaucoup de difficultés à franchir la ligne de démarcation, faute d’obtenir un laissez-passer dans les temps. Pendant toute l’année 1942, c’est ainsi la baronne de Lataulade qui préside les séances publiques de la Société. Si, de facto, elle préside nominalement l’association cette année-là, c’est bel et bien le Dr Antonio Aparisi-Serres – le secrétaire général qui a l’avantage d’habiter Dax contrairement aux deux vice-présidents – qui assure au quotidien le fonctionnement de la Société dans des circonstances difficiles. D’ailleurs, c’est lui qui sera élu président en 1944.

    Lorsque la Société de Borda est réorganisée dans les années 1950 pour couvrir au mieux le département des Landes, c’est elle qui est chargée d’animer l’antenne de Dax (« groupe Henry du Boucher ») à côté de celles de Mont-de-Marsan (« groupe Dubalen », avec Maurice Prat) et de Saint-Sever (« groupe Léon Dufour » avec Fernand Thouvignon). En 1955, elle préside encore, à l’Atrium-Casino de Dax, la séance solennelle organisée pour célébrer le bicentenaire de la consécration de la cathédrale de Dax, en raison de la maladie du président. Le 13 décembre 1962, le bureau et les sociétaires lui décernent le titre de présidente d’honneur en témoignage de gratitude et de considération, titre qu’elle n’aura guère le temps d’étrenner, car elle décède le 26 mai 1963 à Saint-Cricq-Chalosse.

Gonzague Espinosa-Dassonneville

Notes
1- AN, LH/2382/21. Dossier Paul Roques de Borda.
2- Recueil général des lois, décrets et arrêtés, 1876, p. 408 (Décret du président de la République du 11 décembre 1876).
3- Commune limitrophe de Saint-Palais.
4- Le Mémorial des Pyrénées du 3 octobre 1905.
5- Almanach de l’Action française, 1912, p. 13 ; L’Express du Midi du 5 février 1925.
6- Invitation de la baronne de Lataulade, 25 février 1934. Document aimablement communiqué par Jacques de Lestapis.
7- Cf. : https://www.societe-borda.com/25-janvier-1876-fondation-de-la-societe-de-borda/
 
Pour en savoir plus
-Espinosa-Dassonneville G., La Société de Borda. Histoire d’une société savante (1876-2026), Dax, Société de Borda, 2025, 370 p.
 

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