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Fig. 2 - les Borda

25 janvier 1876 – Fondation de la Société de Borda

Le XIXe siècle a été celui de l’essor des sociétés savantes, bien que les Landes soient restées longtemps à l’écart de ce mouvement. Certes, depuis 1798, il existait à Mont-de-Marsan une Société d’agriculture, tournée avant tout vers l’agronomie, mais qui n’a pas toujours été considérée comme une société savante (1) par les autorités. Toujours dans la cité-préfecture, en 1867, une « Société des Lettres, Sciences et Arts du département des Landes » (SLSA) a été fondée sous le patronage de Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique de Napoléon III, qui avait mis en place dans le chef-lieu un lycée impérial d’enseignement spécial (actuel lycée Victor Duruy). Trop liée au régime déchu, elle périclita en 1870 avant de renaître de ses cendres deux ans plus tard pour fusionner avec la Société d’agriculture. Ce mariage forcé mécontenta de nombreux adhérents qui refusèrent de rejoindre la nouvelle entité où l’élément agricole avait absorbé l’élément littéraire.

Les années 1875-1884 ont vu l’apogée du XIXe siècle pour le nombre de sociétés créées : plus de 200 en une seule décennie. Les Landes se sont inscrites dans ce mouvement. À Dax, un homme a eu l’idée de rassembler un groupe d’amis et d’érudits locaux pour former un « comité d’initiative » : Henry du Boucher, « un ancien officier, qui unissait à une science profonde s’étendant aux genres les plus variés, un esprit primesautier et original avec les dons littéraires les plus brillants (2) », s’est en effet entouré de six personnes : Eugène Dufourcet, Émile Aubé, Hector Serres, Gaspard de Lataulade et Georges Camiade. Ce comité d’initiative a fini par compter vingt personnes qui fondèrent la Société de Borda. Le Réveil des Landes, bihebdomadaire dacquois dirigé par Patrice Laurence (3), a relaté cette création :

« On nous annonce qu’une société scientifique vient de s’organiser à Dax. Elle s’intitule Société de Borda, et doit se vouer à l’étude des question [sic] d’histoire, d’archéologie et d’histoire naturelle intéressant le sud-ouest de la France en général et le département des Landes en particulier.

Fondée par vingt membres dacquois dont les noms offrent les plus sérieuses garanties de dévouement à la science et d’amour de l’étude, la jeune société reçoit tous les jours de nouveaux encouragements et de nouvelles adhésions, et n’attend pour entrer en fonctions que l’autorisation qu’elle vient de demander à M. le préfet des Landes.

Le champ de la science est vaste à explorer, et sans aucun doute, fertile en heureuses découvertes dans un pays aussi peu connu et aussi peu étudié que le nôtre ; aussi applaudissons-nous des deux mains aux généreux efforts qui vont être tentés dans ce but. »

Fig. 1 : article repris par Le Républicain landais du 28 janvier 1876.

En effet, le 25 janvier 1876, un arrêté préfectoral autorisa officiellement la constitution de cette nouvelle société savante.

En choisissant le nom de « Borda », les fondateurs ont désiré se placer sous l’autorité morale d’une famille qui a joué un rôle important dans la vie de la cité et dont deux membres au moins se sont illustrés dans le domaine scientifique. Ce nom, si facile à retenir, a pourtant laissé le champ libre à une ambiguïté qui n’a jamais véritablement été élucidée. Il semblerait que les fondateurs aient choisi ce nom à l’origine pour honorer la mémoire de Jacques-François de Borda d’Oro (1718-1804), savant naturaliste et géologue, car les premières publications dans le Bulletin, revue de la Société, vont plutôt dans ce sens. Ce n’est qu’après qu’ils auraient eu l’idée d’y associer son cousin marin et mathématicien, le chevalier Charles de Borda (1733-1799) (4).

Fig. 2 : Charles de Borda et Jacques-François de Borda d’Oro. © Soc. Borda.

Les vingt membres fondateurs

  • Émile Aubé (1838-1931), ingénieur en chef à Dax, chevalier de la Légion d’honneur, né à Longwy (Meurthe-et-Moselle) ;
  • Georges Camiade (1845-1906), propriétaire à Dax ;
  • Félix Coudanne (1836-1909), pharmacien à Dax ;
  • Victor Dorget (1832-1897), directeur de l’École normale à Dax, né à Norroy (Vosges) :
  • Henry du Boucher (1835-1891), propriétaire à Dax, né à Dole (Jura) ;
  • Eugène Dufourcet (1839-1900), juge au tribunal de Dax ;
  • Maurice Franck (1834-1896), directeur des Salines de Dax, né à Sarreguemines (Moselle) ;
  • Gustave Lagarde (1837-1892), chanoine honoraire, supérieur de l’Institution Notre-Dame du Sacré-Cœur à Dax, né à Saint- André-de-Seignanx ;
  • Lucien Larauza (1835-1887), docteur en médecine, directeur des Thermes de Dax, né à Salles (Gironde) ;
  • Gaspard de Lataulade (1845-1925), avocat au barreau de Dax, né à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ;
  • Charles de Laurens (1826-1895), juge de paix à Dax, né à Lille (Nord) ;
  • Henry de Lobit de Monval (1801-1887), propriétaire à Dax, né à Lignan (Gironde) ;
  • Victor Lorrin (1843-1913), chef de comptabilité des Salines de Dax, né à Lyon (Rhône) ;
  • Frédéric Loustalot (1826-1877), docteur en médecine à Dax ;
  • Armand Mora (1847-1918), docteur en médecine à Dax ;
  • Prosper Pujos (1831-1890), inspecteur de l’enseignement primaire à Dax, né à Mirande (Gers) ;
  • Camille Raillard (1838-1903), docteur en médecine, médecin à l’établissement des Baignots de Dax, né à Ozourt ;
  • Alexandre de Salettes (1834-1903), président du tribunal de première instance de Dax, né à Denguin (Basses-Pyrénées) ;
  • Victor Sanguinet (1820-1894), architecte de la Ville de Dax, né à Saint-Vincent-de- Xaintes (Dax) ;
  • Hector Serres (1807-1899), pharmacien, ancien maire de Dax, chevalier de la Légion d’honneur.

Ces vingt membres fondateurs reflètent les canons de la notabilité de cette période. Aussi ne diffèrent-ils pas des autres sociétés savantes, faisant la part belle aux professions libérales (10), aux enseignants (2) et aux fonctionnaires (2), marqueurs de la montée des classes bourgeoises dans l’échelle sociale. On trouve également des propriétaires (3), des « cadres » (2) et un prêtre, pour une moyenne d’âge de 43,5 ans. Certains de ces membres fondateurs ont été maires sous le Second Empire ou, par la suite, sous la IIIe République. Fait étonnant : seuls neuf d’entre eux sont natifs du département, même s’il faut relativiser les choses, car quelques-uns sont originaires de familles landaises. Les autres sont souvent issus de mutations professionnelles ou d’installations de longue date. La plupart sont déjà membres de sociétés savantes nationales ou régionales, s’inscrivant ainsi dans le vaste mouvement d’intérêt pour l’étude scientifique et historique.

Fig. 3 : Portrait de groupe de membres fondateurs. Au premier rang de gauche à droite : Hector Serres, l’abbé Gustave Lagarde et Henry du Boucher ; au second rang : Émile Aubé, Dr Lucien Larauza, Georges Camiade et Eugène Dufourcet. Image réalisée par l’IA.

La création de la Société de Borda a pu passer pour un événement important dans une ville qui, contrairement à Pau et à Bordeaux, n’avait pas de tradition académique ou universitaire, et encore moins de lycées comme Mont-de-Marsan. La disparition de la SLSA a laissé le champ libre à la constitution d’un nouveau groupement savant, cette fois-ci, à Dax, l’une des deux sous-préfectures du département (avec Saint-Sever, jusqu’en 1926), ce qui est non négligeable lorsqu’on connaît la rivalité historique, économique et politique avec Mont-de-Marsan jusqu’à aujourd’hui. Mais, au moment des faits, la Société de Borda n’a jamais été mal vue du côté du chef-lieu ou considérée comme une entité concurrente de la nouvelle « Société d’agriculture, sciences, lettres et arts » issue de la fusion de 1872. Son président, Adhémar de Guilloutet (5) ira jusqu’à appuyer la création d’une subvention annuelle du Conseil général des Landes « à titre de sympathie et d’encouragement (6) ».

Gonzague Espinosa-Dassonneville

 

Notes

1- Ce sont généralement des groupements constitués par des amateurs éclairés, des érudits locaux et des experts pour promouvoir et approfondir les connaissances dans un domaine particulier, qu’il soit scientifique, littéraire, artistique, etc. Généralement ouvertes à tous contre le simple paiement d’une cotisation annuelle, les sociétés savantes jouent un rôle clé dans le partage des découvertes, la conservation de documents, la publication de recherches tangibles dans une revue éditée par la société, et la mise en réseau des experts, chercheurs et passionnés. Elles se distinguent par leur objectif de faire progresser un savoir spécifique, souvent à travers des conférences, des publications académiques et des échanges entre leurs membres. En somme, les sociétés savantes sont des carrefours intellectuels où s’allient curiosité, expertise et ambition de contribuer à l’évolution du savoir.

2- IXe Congrès d’Histoire et d’Archéologie tenu à Dax, du 26 au 29 juillet 1926. Cinquantenaire de la Société de Borda (1876 – 1926), Dax, imprimerie Labèque, 1927, p. 55.

3- Fils de Justin Laurence, député sous la monarchie de Juillet, il fit partie des premiers sociétaires.

4- Charles Lafargue, « Jacques-François ou Jean-Charles ? ou les parrains confondus de la Société de Borda », Bulletin de la Société de Borda, n° 373, 1er tri., 1979, p. 85-97.

5- Arrière-petit-fils du savant Gaspard Monge. Député bonapartiste et conseiller général de Mont-de-Marsan.

6- Le Républicain landais du 26 septembre 1880.

Pour en savoir plus

-François Bordes, « Une société savante oubliée : la Société des Lettres, Sciences et Arts des Landes », Bulletin de la Société de Borda, n° 549, 1er tri., p. 71-88.

-Gonzague Espinosa-Dassonneville, La Société de Borda. Histoire d’une société savante (1876-2026), Dax, Société de Borda, 2025, 370 p.

-Christiane Filloles-Allex, La Société d’agriculture du département des Landes (1798-1913), Mont-de-Marsan, Bulletin n° 25, AAL-ALDRES, 2017, 160 p.

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