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N.B. : l’image d’illustration a été réalisée par IA.

12 août 1910 : la Société de Borda prend en charge la conservation du musée de Borda

    Faisant suite à la démission de Jules Larrède, conservateur du musée de Borda, en janvier 1910, le conseil municipal de Dax prend la décision de ne pas nommer un successeur et de confier la pleine responsabilité du musée à la Société de Borda. En règle générale, c’étaient les sociétés savantes qui se voyaient obligées de transférer aux municipalités un établissement devenu trop lourd à gérer. Les cas inverses étaient plutôt rares. On peut citer celui de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne, qui poussa activement à la création d’un Musée basque et de la Tradition bayonnaise en 1922, qu’elle gérera jusqu’en 1951, date à laquelle la mairie reprendra la main. La Société de Borda devra attendre, elle, 1979 pour que le musée soit confié à un conservateur professionnel. En réalité, elle n’avait pas attendu 1910 pour participer à la gestion du musée municipal.

    Dès sa fondation en 1876 (1), la Société de Borda a eu la volonté de s’afficher parmi les groupements érudits les plus « modernes », c’est-à-dire ceux qui sont tournés vers des activités concrètes ou qui souhaitent constituer des collections. Ces sociétés savantes-là ont développé des établissements annexes que sont notamment une bibliothèque et un musée. La Société de Borda s’est dotée des deux dès les origines. Très vite, ses membres ont accumulé objets, documents, spécimens, œuvres, fragments d’un patrimoine encore peu reconnu et qu’il convenait à tout prix de conserver. Cette accumulation de dons appela rapidement un lieu. Le 2 juin 1877, le président Henry du Boucher signe un bail pour pouvoir entreposer les collections dans les anciens bureaux de la Conservation des hypothèques de Dax, place de la Fontaine Chaude, locaux qu’elles doivent toutefois quitter en 1879. De ce fait, les collections sont obligées d’être disséminées chez plusieurs sociétaires, faute de trouver une solution de remplacement dans l’immédiat. La Société de Borda doit se rendre à l’évidence : des raisons matérielles empêchent la concrétisation d’un musée associatif et privé. Elle se tourne dès lors vers la puissance publique qui serait plus à même de pouvoir conserver les collections en lui attribuant un local digne de ce nom.

 

  

 

  En parallèle, existait depuis 1807 un musée municipal, qui s’était constitué à partir du cabinet d’histoire naturelle de Jacques-François de Borda d’Oro acheté par la ville de Dax. Il prit le nom de musée de Borda et s’installa dans l’aile de l’ancien palais épiscopal qui bordait alors la cathédrale, l’hôtel Darricau, abritant alors la mairie. Un premier conservateur avait été nommé en la personne de Jean-Baptiste de Grateloup (1735-1817) avant que son neveu, Sylvestre (1782-1851), lui succède. Après son départ en 1822, il ne fut pas remplacé.

 

Fig. 1 : Sylvestre de Grateloup. © Musée de Borda.

    En 1871, un état des lieux signale que le musée était dans un état d’abandon presque complet. Cet état allait à rebours de l’action de nombreuses municipalités qui, à partir des années 1850, s’efforçaient de valoriser leurs espaces muséographiques. Une prise de conscience a donc lieu en 1871 avec la nomination d’un conservateur en la personne d’Alexandre Duverger (1825-1900), naturaliste et numismate, mais qui était avant tout agent d’assurance à Dax et conseiller municipal républicain. Pour autant, le problème du local n’est pas réglé. C’est dans ce contexte qu’intervient la proposition de la Société de Borda.

    Le 5 avril 1879, elle propose à la ville de Dax de faire don de toutes ses collections. Pour cela, elle a dû modifier ses statuts afin que :

« tous les objets composant ses collections [puissent] être versés au musée municipal de Borda » et que la Société puisse « travailler à l’avenir à l’accroissement de celui-ci et d’en faire un musée d’archéologie et d’histoire naturelle d’un intérêt national ».

Mais ce n’est pas sans contreparties :

« La présente donation ne deviendra effective que quand l’Administration aura approprié à ses frais un local convenable garni de vitrines, étagères et du mobilier nécessaire pour le logement des collections et pris des mesures efficaces pour en assurer l’entretien et la conservation » (2).

Ce genre de donation n’est pas un cas isolé. De nombreux chefs-lieux de département et d’arrondissement se sont vus dotés de musées ou, tout du moins, de collections par les soins de la société savante locale. Leur caractère hétéroclite s’estompait aux yeux des contemporains derrière la promesse de collections toujours plus riches qui seraient l’ornement culturel de la cité.

    Le 28 mai 1879, la municipalité de Dax accepte le legs trouvant

« l’avantage de voir augmenter, à peu de frais, les collections si précieuses qui lui ont été léguées par feu Jacques-François de Borda d’Oro, formant aujourd’hui le musée municipal dit de Borda. » (3)

    Faute d’alternative, le musée de Borda reste à l’hôtel Darricau, mais se voit attribuer les anciennes parties qui étaient auparavant occupées par la sous-préfecture. Toujours est-il qu’à partir de 1881, le « musée municipal de Borda » commence à prendre place dans les trois pièces qui lui ont été affectées. Un budget est alloué pour la réalisation de travaux, l’achat de vitrines et la création d’un poste de conservateur rémunéré que conserve Duverger. Le 3 juillet 1884, le nouveau musée est inauguré. Il devient ainsi la vitrine matérielle de ce que la Société de Borda explore dans ses travaux.

Fig. 2 : L’hôtel Darricau au début du XXe siècle. © Société de Borda.
Fig. 3 : L’Avant-garde du 29 juin 1884.

    Pour épauler Duverger, la « commission musée » de la Société de Borda a pour but de contribuer à l’accroissement des collections (dons, achats) dans le but d’en faire un véritable musée d’archéologie et d’histoire régionale. Cependant, l’année 1900 est marquée par la disparition de son conservateur et son remplacement par Jules Larrède, commis-greffier au tribunal de Dax. Celui-ci n’a pas la même activité au sein du musée que son prédécesseur, voyant plutôt ce travail comme un complément de revenus, comme il l’avouera à demi-mot dans sa lettre de démission. (4)

    Le 12 août 1910, le conseil municipal de Dax décide alors de changer le fonctionnement du musée, peut-être par manque de postulants. Un désintérêt n’est pas non plus à exclure, car les musées subissaient depuis le début du XXe siècle une désaffection et étaient sujets à la critique. Ils avaient en effet été réduits à des institutions immobiles tout juste bonnes à exalter froidement le passé, alors que les premiers musées d’art moderne délaissaient l’académisme et la dimension patrimoniale des établissements classiques. Le conseil municipal vote ainsi une hausse de la subvention annuelle à la Société de Borda, à la condition qu’elle prenne elle-même en charge le musée. La Société en accepte la surveillance, son organisation et son entretien. Le non-remplacement d’un conservateur marque le début d’une nouvelle ère durant laquelle le musée et la Société ont constitué des structures gémellaires (5).

 

Gonzague Espinosa-Dassonneville

N.B. : l’image d’illustration a été réalisée par IA.

 

Notes
1- https://www.societe-borda.com/25-janvier-1876-fondation-de-la-societe-de-borda/
2- « Nouveaux statuts de la Société de Borda », Bull. Soc. Borda, 3e tri., 1879, p. 158.
3- « Délibération municipale », Bull. Soc. Borda, 1er tri., 1879, p. 77-78.
4- Archives municipales de Dax, lettre de Jules Larrède au maire Octave Lartigau, Dax, 10 février 1910.
5- Un article plus complet paraîtra ultérieurement dans notre Bulletin.
 
Pour en savoir plus
-Espinosa-Dassonneville G., La Société de Borda. Histoire d’une société savante (1876-2026), Dax, Société de Borda, 2025, 370 p.

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