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rue des Arceaux photo

La Rue des Arceaux et ses pontets dits médiévaux à Mont-de-Marsan

    Les 19 et 20 septembre derniers, l’association Archives et Patrimoine des Landes a proposé un circuit de visite de Mont-de-Marsan sur le sujet du Moyen âge à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Chaque halte était l’occasion d’écouter un intervenant qui présentait une thématique particulière : la fondation de la ville, les origines du peuplement, les moulins, la fabrique urbaine, le pouvoir et la société montoise, les monuments emblématiques etc. y furent traités par des passionnés non seulement formés spécialement par Jeanne-Marie Fritz, l’historienne de la Vicomté de Marsan, mais parfois eux-mêmes spécialistes des thèmes abordés. Le public était au rendez-vous et les premiers retours ont été très positifs.

    Mais à peine les animations terminées, un(e) internaute anonyme sur un groupe dédié à Mont-de-Marsan sur Facebook critiquait le fait que l’organisation ne prenait pas en compte la Rue des Arceaux, artère discrète et pourtant bien connue des Montois. Rien d’étonnant à cela : les pontets (appelés improprement arceaux) ont peu de chance d’être médiévaux à l’origine. D’ailleurs, comme le rappelle l’article Wikipédia consacré à la rue, il est nécessaire encore en 1845 d’interdire toute nouvelle construction de pontet ! C’est dire à quel point leur ancienneté potentielle n’était pas si grande à l’époque. Une patiente argumentation a été proposée à cet(te) internaute.  Elle reposait sur le fait que, même si le tracé de la rue pouvait être médiéval, les élévations encore existantes ne l’étaient pas nécessairement et que l’archéologie renforçait cette impression. Rien n’y a fait et il ou elle est resté(e) sur son idée que c’était du XIIIe siècle, que les « vrais » Montois le savait et que je n’avais qu’à mieux me renseigner.

    La force des croyances historiques a toujours un côté déroutant et fascinant à la fois : elle s’établit sur un matériau authentique, tangible (ici, un élément architectural) et y superpose une erreur d’interprétation qui va de pair avec un niveau de connaissance incomplet dans un passé où les sciences historiques et archéologiques ne s’encombraient pas de méthode. Le problème est quand ce subtil mélange entre patrimoine et croyance se perpétue, souvent porté par des offices de tourisme enthousiastes et peu soucieux de véracité. Mont-de-Marsan est un cas d’école : déjà au XIXe siècle, certains édiles inventaient un passé prestigieux avec de fausses chartes de fondation, les Chartes de Lobaner, « débunkées » (démystifiées) comme on dit aujourd’hui dès 1861 par Jean-François Bladé. (https://archives.landes.fr/loisirs-et-culture/conferences-et-evenements-en-ligne/les-chartes-de-lobaner–forgeries-et-passe-mythifie-des-origines-de-mont-de-marsan-au-xixe-siecle)

    Au XXe siècle ce fut l’émergence de l’appellation erronée « Donjon » pour qualifier la tour de Lacataye, constituée de deux maisons accolées et édifiées l’une après l’autre. Ce même lieu se voit affubler d’une autre bizarrerie puisqu’il est encore courant d’entendre que Lacataye est issu du castillan « castar » qui signifie surveiller… On ne comprend pas très bien ce que ce vocabulaire d’outre-Pyrénées ferait ici à une époque où personne ne parlait encore de feria, de toro, de peña, de bodega ou de corrida dans cette ville. D’autres croyances existent (un tunnel sous la Douze par exemple), mais nous ne les listeront pas toutes.

    Finalement, l’attribution chronologique arbitraire du XIIIe siècle pour les pontets de la Rue des Arceaux n’a rien d’étonnant dans ce contexte, mais n’en devient pas plus vraie pour autant. Si nous ne possédons aucune source médiévale explicite concernant précisément les aménagements de cette rue, ni d’illustration ancienne, l’archéologie est venue apporter à deux reprises des informations sur l’occupation du sol dans ce secteur occidental de la ville médiévale. Un outil comme l’intelligence artificielle permet d’analyser factuellement les informations qu’on lui propose (il ne faut évidemment pas lui laisser chercher seule les informations dans un cas comme celui-ci et le système doit être approvisionné en documentation fiable). Mieux, on peut obtenir une mise en image didactique comme on peut le voir ci-après. Pour terminer, rappelons qu’il existe à présent une étude extrêmement complète sur la fabrique urbaine de Mont-de-Marsan : l’Atlas historique des villes de France – Mont-de-Marsan, ouvrage collectif coordonné par la médiéviste Anne Berdoy et paru aux éditions Ausonius en 2018. (https://ausoniuseditions.u-bordeaux-montaigne.fr/fr/atlas-historique-des-villes-de-france/4283-mont-de-marsan.html)

    Une telle entreprise aurait dû tordre le cou à bon nombre de croyances, mais le biais de confirmation incite encore beaucoup trop de personnes à ne considérer que la documentation allant dans le sens de ce qu’ils imaginent ou de ce qu’ils ont toujours entendu. Et les algorithmes des réseaux sociaux ne sont pas là pour arranger ce travers de nos personnalités.

Hervé Barrouquère

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