Si la fondation de la Société de Borda a nécessité l’autorisation du préfet des Landes, le vicomte Frédéric Dibarrart d’Etchegoyen, fils d’un ancien député de Dax, sa séance inaugurale a eu besoin de l’appui du maire de Dax pour se réunir. La municipalité dacquoise est alors dans une situation particulière. Après la révocation d’Eugène Gardilanne en février 1874 par le gouvernement d’Ordre moral, c’est Henri Chalier, ancien capitaine de gendarmerie de la compagnie des Landes, qui a été nommé maire par le maréchal de Mac-Mahon, président de la République. Son premier adjoint n’était autre que le commandant (en retraite) Jules Kientz, le propre beau-père d’Henry du Boucher.
C’est ainsi le samedi 4 mars 1876, à 15 heures, que la Société de Borda s’est réunie pour la première fois dans la salle des séances du conseil municipal de l’Hôtel de ville d’alors, l’hôtel Darricau, bâtisse du XVIIIe siècle aujourd’hui disparue, mais qui se trouvait, à peu de chose près, à l’emplacement de l’Hôtel de ville actuel. Sur autorisation du maire, elle s’y réunira jusqu’à l’obtention d’un local. Président du comité d’initiative, c’est tout naturellement que la présidence provisoire de la nouvelle société savante échoie à Henry du Boucher. L’assistance est au nombre de 24 dont 8 membres fondateurs (1).
Fig. 1 : CPA colorisée de l’Hôtel de ville de Dax. © Cartothèque Soc. Borda IMG_5345.
- Henry du Boucher (*) (1835-1891), ancien officier, propriétaire, à Dax
- Adolphe Bousquet (1843- ?), avoué licencié, à Dax ;
- Georges Camiade (*) (1845-1906), propriétaire, à Dax ;
- Paul Corta (1837-1900), propriétaire, chevalier de la Légion d’honneur, à Tercis (2);
- Auguste Darracq (1848-1919), avocat, chevalier de la Légion d’honneur, à Dax (3);
- Charles Destouesse (1839-1921), propriétaire, à Pontonx ;
- Paul Devert (1847-1884), notaire, licencié en droit, à Saint-Martin-de-Hinx ;
- Eugène Dufourcet (*) (1839-1900), juge au tribunal de Dax ;
- Charles Dulau (1828-1909), curé de Saint-Vincent-de-Xaintes, à Dax ;
- Jean-Baptiste Dulau (1813-1896), avocat, à Castelnau-Chalosse (4);
- Amédée Forsans (1851-1901), propriétaire, à Dax ;
- Eugène Jannot (1844-1915), capitaine adjudant-major au 28e bataillon des chasseurs à pied, à Dax (5);
- Jules Kientz (1817-1895), commandant de place en retraite, premier adjoint, chevalier de la Légion d’honneur, à Dax ;
- Gaspard de Lataulade (*) (1845-1925), avocat, à Dax ;
- Charles de Laurens (*) (1826-1895), juge de paix, à Dax ;
- Gustave Lespès (1849-1920), agent-voyer cantonal, à Pouillon ;
- Armand Mora (*) (1847-1918), docteur en médecine, à Dax ;
- Armand d’Oro de Pontonx (1817-1893), propriétaire, à Saint-Lon ;
- Robert Poymiro (1850-1906), avocat, à Dax ;
- Maurice Prax (1832-1901), banquier, chevalier de la Légion d’honneur, à Bayonne ;
- Henry de Saint-Martin-Lacaze (1843-1903), avocat, à Dax ;
- Victor Sanguinet (*) (1820-1894), architecte de la ville de Dax ;
- Hector Serres (*) (1807-1899), ancien maire, chevalier de la Légion d’honneur, à Dax ;
- Émile Taillebois (1841-1892), négociant, à Dax.
Fig. 2 : portrait de groupe des sociétaires présents ce jour-là. De gauche à droite en haut : Henry du Boucher, Paul Corta, Georges Camiade, Eugène Dufourcet, Eugène Jannot. En bas : Charles de Laurens, Maurice Prax, Hector Serres et Émile Taillebois).
Pour cette première séance, il n’est pas surprenant que l’écrasante majorité des sociétaires présents soient de Dax (17) ou des environs (3), en raison de son recrutement mais aussi des distances à parcourir à cette époque, même si certains ont fait le chemin depuis la Chalosse, le Maremne et Bayonne. Ces sociétaires reflètent les canons de la notabilité de cette période avec une surreprésentation des professions libérales (9) et des propriétaires (7), même si, pour ces derniers, quelques-uns ont eu d’autres carrières.
Après avoir donné lecture à l’assistance des divers documents relatifs à la fondation de la Société, le président provisoire fait part de l’acceptation du préfet des Landes et d’Antoine d’Abbadie, membre de l’Institut qui a fait construire un observatoire sur sa propriété d’Hendaye (le futur château d’Abbadia), comme présidents d’honneur (6).
Un bureau, qui sera renouvelé annuellement chaque mois de décembre jusqu’en 1938, est ensuite élu au scrutin secret. Les résultats sont les suivants (nombre de votants, 24) :
Président :
Vice-présidents :
du Boucher (*), 20 voix (élu)
Serres (*), 4 voix
Serres (*), 19 voix (élu)
Dufourcet (*), 18 voix (élu)
É. Taillebois, 2 voix
(?) du Boucher, 2 voix
Jannot, 1 voix
Secrétaire général :
Secrétaire adjoint :
Trésorier :
Comité de rédaction :
de Lataulade (*), 21 voix (élu)
Lorrin (*), 1 voix
Camiade (*), 23 voix (élu)
Sanguinet (*), 22 voix (élu)
É. Taillebois, 1 voix
Dr Larauza (*), 23 voix (élu)
abbé G. Lagarde (*), 22 voix (élu)
de Saint-Martin-Lacaze, 1 voix
Fig. 3 : Le Républicain landais du 10 mars 1876).
Plusieurs observations : le procès-verbal ne fait pas mention de candidatures déclarées ou officieuses. Au regard des résultats sans appel, on peut légitimement penser qu’il y a eu au minimum une concertation au préalable. Toutes les fonctions sont remplies par des membres fondateurs, ce qui n’est pas véritablement une surprise. On constate que celles de président et de vice-président ont été les plus « disputées ». En tant que vice-doyen des membres fondateurs, ancien maire de Dax et scientifique reconnu localement, Hector Serres pouvait légitimement espérer la présidence. Il n’eut que la première vice-présidence, devançant d’une seule voix Eugène Dufourcet, montrant que nous avons affaire à un « conflit » générationnel : Dufourcet a 37 ans, Serres 69 ans (7). On trouve une nouvelle fois le nom de Du Boucher pour l’une des vice-présidences, ce qui peut paraître étrange étant donné qu’il venait d’être élu président. L’absence de lettre initiale devant le patronyme dans le procès-verbal laisse penser qu’il pourrait s’agir d’Adolphe du Boucher, père d’Henry, lieutenant-colonel en retraite et sociétaire. Le Dr Larauza et l’abbé Lagarde sont, quant à eux, les seuls à être élus en étant absents de cette séance. Enfin, Émile Taillebois, dont le nom s’est porté pour deux fonctions différentes, et Victor Lorrin, auront plus tard des responsabilités (8), mais pas Henry de Saint-Martin-Lacaze.
Les membres de la Société ont procédé ensuite à la discussion et au vote de son règlement. Tous les articles du règlement provisoire sont successivement adoptés avec quelques modifications insérées par voie d’amendement. Puis l’ensemble du nouveau règlement a été mis au vote et adopté. Il devra être publié dans le premier Bulletin, la revue de la Société de Borda. L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 17 heures.
Gonzague Espinosa-Dassonneville