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27 juin 1940 – Expulsion de la Société de Borda de l’hôtel de ville de Dax par la Wehrmacht

Le 27 juin 1940, l’armée allemande (Wehrmacht) entre dans Dax à l’issue de l’armistice signé cinq jours auparavant en forêt de Compiègne par les représentants du gouvernement du maréchal Pétain avec le IIIe Reich. L’hôtel Darricau (aujourd’hui disparu), qui abrite alors l’hôtel de ville, est réquisitionné pour abriter les services de la Kreiskommandantur (1). La bibliothèque de la Société de Borda et les collections du musée de Borda dont elle a la charge doivent quitter les lieux au plus vite. Depuis 1879, les deux entités occupaient trois pièces du bâtiment – une au rez-de-chaussée, deux à l’étage – après la signature d’une convention avec la mairie dans laquelle la Société de Borda abandonnait ses projets de musée associatif pour léguer ses collections au musée municipal moyennant un local décent pour les accueillir. Dans les années 1930, l’espace se réduisit toutefois aux deux pièces à l’étage.

Retirés des grandes armoires vitrées où ils étaient soigneusement rangés, les ouvrages de la bibliothèque sont entassés dans un coin avant d’être transportés précipitamment dans des lieux peu propices à leur conservation. Quant aux collections muséales, une partie est déposée à l’Hôtel Miradour, bâtiment désaffecté situé à l’angle du boulevard de la Marine (aujourd’hui cours Maréchal-Foch) et de l’allée des Baignots. Il appartenait à la Société immobilière et fermière des Eaux thermales de Dax (SIFED) (Fig. 1)  ; l’autre partie est mise sous les gradins des arènes – qui finissent par être réquisitionnées en 1941 pour abriter les écuries, obligeant à les transférer au théâtre. Il va sans dire que ces déménagements précipités ont mis à mal les collections.

Fig. 1 : L'Hôtel Miradour. © Coll. part.

Quelque temps plus tard, la Feldkommandantur (2) de Mont-de-Marsan réclame à la Société de Borda le catalogue du musée, car les nazis s’attèlent désormais à la spoliation des œuvres d’art des pays occupés. Il leur est répondu que ce catalogue n’existe pas. Peut-être faut-il comprendre à demi-mot qu’il n’en existait pas de récent, à moins qu’il s’agisse d’un acte de résistance passive. La Société de Borda se permet d’ajouter qu’elle n’est pas propriétaire du musée municipal dont elle ne détient pas les clefs. C’est factuellement vrai, mais elle se garde bien de préciser qu’elle en avait seule la charge depuis 1911 ! L’entassement et la dispersion des collections empêchent d’ailleurs le moindre inventaire. Quelques notes sont envoyées malgré tout.

    Dépossédé de ses locaux, la bibliothèque de la Société de Borda et le musée municipal ont vu ainsi leurs collections se disperser ou se perdre – quand elles ne furent tout simplement pas pillées (par les Allemands ou par d’autres) –, détruisant les fruits d’un labeur intellectuel de trois-quarts de siècle.

    Après maints pourparlers avec la municipalité, la Société de Borda réintègre, à la fin de l’année 1946, son local au premier étage de l’hôtel Darricau qu’elle avait dû quitter dans la tourmente six ans plus tôt. Des aménagements sont toutefois nécessaires pour installer les rayonnages. Une note manuscrite de 1946 indique que la bibliothèque a été réduite au tiers de ce qu’elle était en 1939. En 1947, le Dr Antonio Aparisi-Serres, président de la Société de Borda, fait intervenir le sous-préfet de Dax afin que toutes les collections du musée, encore dispersées, rejoignent provisoirement l’Hôtel Miradour. Ce local permet de « sauver les épaves des collections » et d’« empêcher la ruine de ses ruines », écrit-il. Mais le musée n’est plus que l’ombre de lui-même, car il a subi, lui aussi, des dégâts irréparables.

    En définitive, cette expulsion de juin 1940 illustre avec force les conséquences concrètes de l’Occupation sur les institutions savantes et patrimoniales locales. Au-delà de la simple perte de locaux, cet épisode provoqua la désorganisation durable de la bibliothèque et du musée jusque dans les années 1960, auxquelles s’ajoutèrent plusieurs déménagements et la crue de 1952. Cet événement rappelle ainsi combien le patrimoine, fragile en temps de guerre, dépend de conditions matérielles et politiques qui peuvent à tout moment le mettre en péril.

Gonzague Espinosa-Dassonneville

N.B. : l’image d’illustration a été en partie réalisée par IA. »

 
Notes
1- Unité de commandement militaire au niveau d’un arrondissement.
2- Unité de commandement militaire au niveau d’un département.
Pour en savoir plus
-Espinosa-Dassonneville G., La Société de Borda. Histoire d’une société savante (1876-2026), Dax, Société de Borda, 2025, 370 p.

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