Société de Borda Société de Borda

Société de Borda
Société de Borda Comptes rendus

 

Société de Borda Assemblée générale du 11 février 2012 à Dax Société de Borda

L’Atrium de Dax accueillait pour la troisième fois consécutive l’assemblée générale de la Société de Borda. En présence de M. Michel Bréan, conseiller municipal représentant M. le Maire de Dax, le président présentait le bilan des activités 2011 sous la forme d’un diaporama.

Les réunions mensuelles
De janvier à décembre à l’exception de la trêve estivale, la Société de Borda a poursuivi sa politique de présentation de communications orales lors des réunions mensuelles. S’appuyant sur la variété des sujets proposés par les adhérents de la Société, elles parviennent à faire cohabiter avec bonheur des conférenciers de divers horizons assurant un juste équilibre entre vulgarisation et érudition. Ces réunions mensuelles, pilier traditionnel des activités de la Société, connaissent un succès croissant au vu du nombre de leurs participants qui a souvent dépassé la centaine. Au cours de l’année 2011, elles ont été marquées par trois temps forts auxquels il faudrait rajouter l’assemblée générale, qui bien qu’institutionnelle se veut désormais aussi le prétexte à une animation culturelle et festive.

Premier  temps fort de l’année, un cycle de conférences dédiées à l’archéologie, la Société de Borda s’étant engagée à participer aux nombreuses manifestations fédérées par le Conseil général des Landes dans le cadre d’une opération : « Temps de l’archéologie ». Au mois de mars (Mont-de-Marsan), avril (Dax) et juin (Mimizan), la Société mit ainsi en valeur et à l’honneur la richesse et la diversité des recherches archéologiques dans les Landes.

Deuxième temps fort de l’année, la Journée d’études du 18 juin consacrée à « Sœur Rutan et Dax au XVIIIe siècle ». Tenue au Splendid Hôtel, la veille de la cérémonie de béatification de sœur Rutan, elle proposait cinq communications faisant le point sur la personnalité et l’œuvre de Sœur Marguerite Rutan tout en les resituant dans le contexte de la Révolution à l’échelle locale et régionale.
Troisième temps fort, la visite du camp du Poteau, à Captieux, organisée et guidée par G. Granereau, chargé de mission Natura 2000… et vice-président de la Société. Exceptionnelle, elle permettait à une centaine de personnes de découvrir le patrimoine historique et naturel de ce camp militaire, qui, par son statut de « zone interdite », a favorisé la conservation de paysages aujourd’hui disparus, et a maintenu une biodiversité remarquable.

Les autres réunions mensuelles présentaient des programmes denses et attractifs. Par trois fois, la Société se déplaçait à Tarnos (janvier), Capbreton (mai) et Gamarde-les-Bains (octobre), maintenant sa volonté de décentraliser ses manifestations et d’affirmer ses relations amicales avec les associations patrimoniales locales. L’année se clôturait à Dax (novembre, décembre), les communications présentées privilégiant la commune de résidence de notre Société et trois personnalités clés de son histoire contemporaine, Théodore Denis, Raphaël et Eugène Milliès-Lacroix.

En octobre, Laetitia Rodriguez nous faisait l’honneur d’accueillir plusieurs dizaines de nos membres à une visite privée de l’exposition « Dax antique : monuments et vestiges ». Cette expérience inaugurale fort appréciée sera reconduite lors de l’année 2012. Elle confirme également les excellentes relations entre nos deux entités.

Le bulletin trimestriel
Il demeure la vitrine de la Société, le reflet de son dynamisme et de sa volonté de s’ouvrir à un lectorat le plus large possible. La réorganisation du bulletin en trois parties distinctes se poursuit. En près de 500 pages, les quatre bulletins rassemblent des articles de fond suivis de chroniques jouant sur la diversité des thèmes avec des textes courts. Ils se concluent par un chapitre consacré à la vie de la Société.

Autres publications
Depuis trois ans, la Société de Borda a décidé de publier des ouvrages hors bulletin ou de participer à l’édition de livres évoquant les Landes.

En 2011, elle a publié un ouvrage intitulé « Essai de reconstitution des paysages du camp du Poteau au temps des bergers ». à travers l’étude minutieuse de ce site, Gilles Granereau propose une reconstitution des paysages à la fin du XIXe siècle dans une région des landes de Gascogne qui n’a pas encore connu la mue de la forestation en pin maritime. Les vestiges de l’habitat et des activités humaines encore visibles aujourd’hui sont largement évoqués. Pour la première fois certains aspects du patrimoine historique et naturel du camp sont particulièrement développés par des commentaires et des photographies.
La Société a été également coéditrice (avec le Parc régional des Landes de Gascogne et l’Atelier des Brisants) des actes des colloques de Rion et de Sabres dont le fil conducteur n’était autre que la tempête Klaus. Son titre « Tempêtes sur la forêt landaise. Histoires, mémoires » souligne que la vingtaine de communications rassemblées dans ce volume n’aborde pas exclusivement cette catastrophe. La multiplicité des approches fait, au-delà de la qualité de ses auteurs, l’originalité et la force de ces actes.

La bibliothèque
Ouverte au public deux fois par semaine (mercredi et vendredi après-midi), la bibliothèque a connu une bonne fréquentation. Le président rappelle la qualité et l’importance de cette bibliothèque qui ne cesse de s’enrichir par le biais de dons d’auteurs, d’éditeurs, de l’achat d’ouvrages et des nombreux échanges effectuées avec plusieurs dizaines autres sociétés savantes françaises.

Les archives
Entrepris en 2010, le reclassement des archives s’est poursuivi, en particulier celui des fonds importants d’érudits locaux. Par dons ou par achats, les archives de la Société ont pour objectif aussi d’être amendées. Par exemple en 2011, la Société a acheté un cahier-registre manuscrit d’émile Taillebois, érudit de la fin du XIXe siècle et archiviste de la Société de Borda. Le cahier, rédigé dans les années 1880-1890, est intitulé « Catalogue de ma collection ». Il fait l’inventaire des objets acquis ou provenant de fouilles (comme celles de Brassempouy) et de quelques documents d’archives. La collection est classée en cinq parties : Préhistoire, Antiquité, Céramiques, Sigillographie, Archives. L’entrée dans nos archives de ce nouveau manuscrit sera l’occasion de créer un fonds Taillebois. Le manuscrit permettra, aussi, de remettre en lumière la personnalité de ce savant érudit trop méconnu qui a passé la plus grande partie de sa vie à Dax.

Fonds iconographique
La Société dispose d’un fonds iconographique très riche qu’elle a pour double objectif de conserver et de mettre en valeur. Depuis 2010, M. Bouissou s’est engagé avec patience, méthode et rigueur, à reclasser et enregistrer numériquement l’ensemble de notre photothèque, soit plus de 3 000 documents.

Parallèlement, la Société a très largement enrichi son fonds iconographique dédié à Dax aux XIXe et XXe siècles. Le mérite de cette initiative et de sa concrétisation en revient à Kévin Laussu, jeune adhérent, étudiant, passionné de l’Art Déco et auteur, entre autres, de l’affiche de la Journée d’Études consacrée à Sœur Rutan.  Réalisée à partir de fonds privés et de plaques de verre conservées à la Société, cette « Daxothèque » continue d’être alimentée. Ce fonds iconographique permettra d’accompagner ou d’illustrer les travaux en cours sur Dax. Il stimulera aussi la recherche.
Afin de poursuivre cette politique d’enrichissement de son fonds iconographique sur les Landes, la Société fait appel à tous les détenteurs de vieux clichés et d’anciennes cartes postales. La Société s’engage à restituer, après numérisation, tous les documents iconographiques qui lui seraient provisoirement confiés.

Communication
Notre site mis à jour est étoffé par les informations concernant la vie quotidienne de notre Société ; chacun est tenu au courant des programmes, des dates de nos réunions et sorties, peut lire le compte rendu des réunions, demander de renseignements de tous ordres, envoyer son adhésion… L’absence des bases de données (pour l’instant)… due aux problèmes du logiciel FLORA est toujours à déplorer. Le lien Internet avec Gallica (site de la Bibliothèque nationale) permet cependant aux chercheurs de consulter en ligne les textes publiés dans notre Bulletin depuis 1876 jusqu’en 1937.
Les lettres informatiques n°5, 6, 7 maintiennent le contact avec nos adhérents… internautes, mais permettent aussi de diffuser à un public plus large la programmation de nos activités. Le journal Sud-Ouest nous a fait l’honneur de plusieurs articles d’Emma Saint-Genès et de Christine Lamaison, journalistes à l’agence de Dax.
Enfin, la Société a été présente lors de plusieurs manifestations comme le salon du livre en mai à l’Hôtel Splendid à Dax, le Forum des associations (septembre), le congrès de généalogie à Mont-de-Marsan (octobre), le Balcon des artistes (Berges de l’Adour). La Société a entretenu ses relations amicales et culturelles avec le musée de Borda, les associations patrimoniales landaises, ou le Parc naturel régional des Landes de Gascogne.

Remerciements
Le président tient à remercier les partenaires institutionnels de la Société qui lui permettent de fonctionner et de maintenir ses activités dans de bonnes conditions : la Municipalité de Dax et le Conseil général des Landes qui nous soutiennent financièrement par l’attribution de subventions conséquentes, la commune de Dax mettant gracieusement à notre disposition les locaux dans lesquels est installée la Société de Borda.
Après trois ans de présidence, J.-J.Taillentou appuie ses remerciements envers les membres du Conseil d’Administration qui ont largement collaboré aux nouvelles orientations de la Société. Il met en exergue  le rôle essentiel de Madeleine Jogan, Secrétaire générale de la Société aidée efficacement par  Catherine Courjaud.  L’équipe de bénévoles qui œuvrent à la bonne marche de la Société n’est pas oubliée : Marcel Bordes responsable de l’accueil du public à la bibliothèque mais aussi des tables de presse lors des réunions, a de plus effectué un imposant et indispensable travail de classement d’ouvrages et de journaux ; Pierre Delmas,  Jacques Ducasse, Jean-Paul Lagardère, relecteurs du Bulletin ; Mmes Loupien et Schemmel, M. et Mme Picolo, qui apportent une aide efficace aux tâches de secrétariat ; Christian Lacrouts offrant ses compétences à la trésorerie.

Projets 2012
Même si le Président se félicite de la relative bonne santé financière de la Société et se veut rassuré par le maintien du nombre d’adhérents dans un contexte difficile, il s’inquiète cependant des difficultés de trésorerie que pourrait connaître la Société face aux baisses probables et compréhensibles des subventions. Afin de poursuivre efficacement ses actions culturelles et la publication régulière d’un bulletin de qualité, la Société doit avoir l’objectif pour 2012 de stabiliser son effectif d’adhérents et, si possible, de l’étoffer, mais aussi de trouver d’autres sources de financement. L’appel au mécénat est envisagé.

Les projets de l’année 2012 concerneront cinq domaines d’activité :

- Des visites privées, des expositions proposées par le musée de Borda.

- Des publications : la table décennale 2002-2011 et probablement un ouvrage dédié à Saint-Lon-les-Mines.

- Des conférences mensuelles : Mont-de-Marsan (mars), Mées (mai), Dax (juin), Aire-sur-l’Adour (novembre), Dax (décembre).

- Des visites/conférences : Saint-Lon-les-Mines (janvier), Laurède et les maisons capcazalières de Chalosse (avril), l’Écomusée de Marquèze (septembre).

- Un congrès : la Société de Borda accueillera les 6 et 7 octobre prochain le Congrès annuel de la Fédération Historique du Sud-Ouest. Créée en 1947 par des professeurs de la Faculté d’histoire de Bordeaux, elle a pour but de « fédérer » comme son nom l’indique tous les chercheurs, qu’ils soient universitaires ou membres de sociétés savantes d’Aquitaine. Le congrès qu’elle organise depuis 65 ans est une manifestation très importante. La Société de Borda, association hôte, doit faire en sorte que ce congrès soit un succès et que les conférenciers landais soient largement représentés.

Avant de conclure son rapport moral, le Président souhaite dédier cette journée à trois personnalités de la Société de Borda qui nous ont quittés récemment : l’abbé Devert, chercheur infatigable et prolixe (voir nécrologie), Bernard Bats, membre du Conseil d’administration de la Société, auteur de nombreux articles dans le Bulletin (voir nécrologie) et le Docteur Louis Raillard, sans doute le plus ancien membre de la Société mais surtout « le » bibliophile landais de référence qui avait l’élégance rare d’aimer les livres dédiés aux Landes et des les faire aimer à ses visiteurs.
Il revenait à Frédéric Duhart, chercheur à l’EHESS, secrétaire général de la Commission pour l’Anthropologie de l’Alimentation et de la Nutrition, auteur de plusieurs ouvrages dont « De conflits en foies gras, une histoire des oies et des canards du Sud-Ouest » et « Le chocolat au Pays Basque (XVIIe-XXIe siècles) - De Bayonne à Oñati », d’évoquer l’histoire du canard dans le Sud-Ouest.

  • Le canard à foie gras du Sud-Ouest : toute une histoire !
    En 2010, une vingtaine de millions de canards à foie gras fut élevée dans l’ensemble du Sud-Ouest. Dans leur écrasante majorité, ces oiseaux étaient des canards mulards, c’est-à-dire des produits du croisement entre le canard de Barbarie et la cane commune, Cairina moschata x Anas platyrhynchos. Ces palmipèdes hybrides et stériles étaient les héritiers indirects d’une longue histoire, qui occupa la majeure partie de la conférence. En effet, les canards mulards existent dans le Sud-Ouest depuis le XVIe siècle, un temps où tous présentaient le phénotype sombre qui se rencontre encore aujourd’hui chez des souches particulièrement rustiques et qui invita des naturalistes à baptiser le mulard Anas purpureo-viridis. à partir de la charnière des XIXe et XXe siècles, l’utilisation de canes blanches d’origine asiatique pour l’obtention de canetons mulards conduisit à l’apparition de phénotypes plus panachés et finalement quasiment blancs. La conférence traita ensuite de faits plus gourmands, comme la préférence accordée au foie gras de mulard dès qu’il se produisit du foie gras dans le Sud-Ouest, c’est-à-dire dès le XVIIIe siècle. En d’autres termes, le foie gras de canard de barbarie fut toujours marginal. Très tôt, il y eut également des amateurs qualifiés qui jugèrent le foie gras de mulard plus intéressant que celui de l’oie d’un point de vue gustatif. Du pâté en croûte au foie sous vide, une remarquable tradition d’innovation est attachée au foie gras de canard. Elle se manifeste aussi dans une cuisine qui ne cessa jamais de se diversifier, en se jouant des modes mais aussi en jouant avec elles, comme le rappellent les pizzas, les sushis ou les hamburgers au foie gras contemporains. Les chairs du canard furent également évoquées : classiques confits, graisserons symboles d’une culture alimentaire et nouvelles viandes fraîches, glorieusement représentées par le magret un demi-siècle après son invention. En 2010, la crise économique mondiale n’empêcha pas la filière « canard à foie gras du Sud-Ouest » d’accroître ses ventes. Toutefois, il fut rappelé qu’en février 2012, l’avenir des palmipèdes gras était plus que jamais incertain du fait de la montée de sensibilités idéologiques hostiles à leur élevage. à partir du 1er juillet 2012, une loi votée huit ans plus tôt interdira le gavage des oiseaux et la vente des produits dérivés de cette pratique sur le territoire californien…

Après le déjeuner à la grande brasserie de l’Atrium, l’après-midi eut lieu une table ronde réunissant J. Cousseau, F. Duhart, M. Capes et J.-J. Taillentou sur le thème : «Gastronomie landaise et ses grands chefs».

Élection du Conseil d’administration :
à l’issue de l’Assemblée générale et de la conférence, ont été présentés les résultats de l’élection du nouveau Conseil d’administration.

Votants : 241 ; Bulletins nuls : 4 ; Votes par pouvoir : 253
Liste des 19 membres élus
: Barrouquère Hervé ; Bordes Marcel ; Bost Jean-Pierre ; Brèthes Jean-Pierre ; Cahuzac Bruno ; Clertan Rémi ; Delpont Hubert ; Fénié Bénédicte ; Fénié Jean-Jacques ; Granereau Gilles ; Grihon Luce ; Guichenuy Vincent ; Jogan Madeleine ; Labertit Marie-Thérèse ; Lagardère Jean-Paul ; Abbé Laulom Jean-Pierre ; Lesclaux Christiane ; Pons Jacques ; Taillentou Jean-Jacques.

Renouvellement du Bureau
Le CA du 3 mars a donné lieu au renouvellement du Bureau :
Président : Jean-Jacques Taillentou ; Vice-présidents : Bruno Cahuzac, Gilles Granereau ; Secrétaire général : Madeleine Jogan ; Trésorier : Marie-Thérèse Labertit ; Secrétaire-archives : Christiane Lesclaux ; Bibliothécaire : Luce Grihon ; Bibliothécaires-adjoints : Marcel Bordes, Hubert Delpont.

 

Société de Borda Sortie-séance du 21 janvier 2012 à Saint-Lon-les-Mines Société de Borda
  • 10 h 15 - Accueil à la salle des associations près de l’église par M. le Maire, M. Roger Larrodé. Environ 150 participants.

M. Pierre Lavigne, fils du géomètre Louis Lavigne, qui fut en fonction à la mine de Saint-Lon dans les années 1941-1949, et Georges Lasserre, mineur à Saint-Lon à la même époque, nous font l’honneur de leur présence.

Monsieur le Maire introduit la séance en disant sa fierté de recevoir la Société de Borda et d’accueillir un auditoire aussi nombreux, puis en rappelant l’historique du projet de Musée de la Mine. Soucieux de répondre aux visiteurs questionnant les élus sur « les mines », terme éponyme du village de Saint-Lon, un petit groupe d’amateurs éclairés de la section « Histoire et Patrimoine » de l’Association du Fronton Saint-Lonnais commença à réunir documents et témoignages, en particulier à partir de diverses archives. Le hasard fit qu’une rencontre fructueuse s’ensuivit avec Bruno Cahuzac, géologue landais, et passionné par les richesses naturelles du pays. Peu à peu, les archives (sédimentaires et historiques) s’enrichirent, et de nombreux objets liés à l’exploitation purent être rassemblés. En septembre 2011, les Journées du Patrimoine permirent déjà de faire connaître ce « patrimoine » inédit à un public très intéressé, venu en nombre. Mais l’histoire a continué, … et vitrines, posters, panneaux, cartes, coupes de puits, de forages, plans, manuscrits, photographies, outils miniers -ou préhistoriques-, blocs minéraux, wagonnets, garnissent maintenant tellement bien la salle du Musée qu’il faut déjà envisager une extension !

Le Président J.-J. Taillentou remercie M. le Maire et souligne la joie de la Société de Borda de venir à Saint-Lon, après une très longue période. Mais les nombreux participants ne seront que plus intéressés de découvrir le riche patrimoine naturel et historique du village, ainsi que l’illustration d’aspects méconnus de la vie rurale locale. Après avoir présenté les prochaines réunions, dont l’AG de février, et rappelé l’organisation de la journée, il donne tout de suite la parole aux intervenants, car le programme s’avère chargé.

  • Bruno Cahuzac, Cadre géologique de Saint-Lon et le lignite, d’âge Crétacé
    La région de Saint-Lon est caractérisée par un dôme anticlinal au cœur duquel affleure le Crétacé inférieur (étage Albien, - 100 millions d’années), contenant des couches de lignite qui furent exploitées. Une présentation synthétique des nombreux forages de reconnaissance effectués dans le secteur montre que 10 d’entre eux ont traversé du lignite ; le forage pétrolier SL2, profond de 2 398 m, permet de bien connaître les faciès et les épaisseurs des séries sédimentaires. Un aperçu de la géologie de Saint-Lon est brossé, à partir des affleurements qui ont été observés et s’avèrent diversifiés. Au niveau des puits d’exploitation, les lits de lignite crétacé sont peu épais (1 à 2 m), intercalés dans un encaissant formé d’argiles, de marnes, calcaires, grès fins. Le lignite et les argiles ligniteuses sont chargés en pyrite qui, instable, donnait des réactions exothermiques provoquant des incendies. Des minéraux ont été découverts dans ces couches : cristaux de gypse néoformé, sidérite, limonite, calcite, ainsi que succin et ambre au sein du lignite. La présence de fossiles marins à lagunaires témoigne de la proximité du rivage bordant alors les forêts marécageuses d’où provient le lignite.
  • Josy Gaubert, Histoire de la mine de Saint-Lon ; succession des événements et la mine dans le village
    Le gîte de charbon en limite des communes de Saint-Lon-les-Mines et de Cagnotte est connu depuis des temps très anciens. Les forgerons d’antan venaient y chercher le lignite, ce combustible gratuit, qui affleurait sur les flancs du ravin de Lasalle. Dans la 2ème moitié du XVIIIe siècle, Jacques-François de Borda d’Oro, l’illustre savant dacquois, avait exploré un puits ouvrant sur cinq galeries, premières tentatives d’exploitation de ce gisement qui deviendra cent ans plus tard la «Mine de Saint-Lon». L’histoire de la Mine de lignite de Saint-Lon est une succession de courtes périodes d’exploitation et de longs abandons dus à une extraction très difficile. C’est à partir de 1895, quand la concession fut rachetée par la Compagnie des Salines de Dax, que la Mine prendra de l’importance jusqu’à changer le nom du village. Mais après la dernière Guerre, la mévente du charbon, devenu trop cher, amena la fermeture définitive de l’exploitation, et, une fois l’usine démantelée, le site tomba dans un oubli total. Il ne reste aujourd’hui que le nom du village pour rappeler sa notoriété passée…

La matinée se poursuivit par une visite commentée (par B. Cahuzac et J. Gaubert) de l’exposition permanente sur le patrimoine de Saint-Lon, le « Musée de la Mine ». Dans cet intéressant Musée récemment aménagé, une partie géologie régionale est illustrée d’abord par de nombreux échantillons de roches du Crétacé, issues des puits et galeries ayant traversé le lignite, et aussi par un ensemble représentatif des autres formations des ères Secondaire et Tertiaire qui affleurent sur la commune . En outre, une vitrine rassemble de nombreux outils préhistoriques, de diverses époques, recueillis sur les hauteurs de Saint-Lon. Plusieurs vitrines et panneaux montrent des objets liés à l’exploitation du combustible, et d’abondants documents retraçant l’histoire de la mine depuis le XVIIIe siècle. On peut noter la reproduction détaillée et grand format de la coupe du puits de -73,5 m (années 1940), ou un wagonnet « Decauville » qui a pu être exhumé du terril de la mine, où il s’était resédimenté depuis un demi-siècle…


Puis les participants ont observé les roches (régionales) ayant servi pour les murs de l’église de Saint-Lon. B. Cahuzac a ainsi expliqué que de nombreuses pierres avaient une origine locale, ce sont des calcaires marins à Nummulites de la fin de l’Éocène (déposés il y a 35 Ma), qui furent exploités notamment dans la vallée du Bassecq. On voit encore les traces de certaines carrières sur St-Lon, Siest, Heugas. Ces calcaires beiges à jaune-orangé sont souvent pétris de Nummulites (Protozoaires aplatis de forme discoïdale) ; mais, sableux et friables, ils s’érodent assez facilement. Ils contiennent aussi, à l’église, des Mollusques (Pectinidés) et des bioturbations cylindriques (terriers de vers marins fouisseurs dans un substrat meuble). D’autres pierres (d’angle), plus dures, sont des calcaires de Bidache, d’âge Crétacé. Les pierres (trop dégradées) qui ont été changées ont été remplacées par des calcaires massifs, jaunâtres, à longues sections de Bivalves, en provenance des formations de l’ère Secondaire de Dordogne.

Vers 13 h, environ 80 participants se rendirent (en covoiturage) au restaurant « Auberge Saint-Christophe » à Tercis, pour un excellent déjeuner.

Après le repas, un groupe profita d’une éclaircie pour se rendre sur le site « de la Mine », à l’Est du village, où J. Laulom nous fit découvrir les vestiges d’exploitation datant de la dernière Guerre, et récemment mis au jour par les soins de M. le Maire : emplacements du puits d’extraction avec chevalement, de la fosse de culbutage, de la cuve à eau, des trémies, des compresseurs, du transformateur, des « douches »… Depuis le haut du terril, une vue d’ensemble vers le S-SE permit d’observer le vallon de Lasalle (sur les flancs duquel furent ouverts les premiers puits aux XVIIIe et XIXe siècles), et d’entrevoir plusieurs sources qui s’écoulent entre les dépôts quaternaires de sables et galets, et les argiles et marnes ligniteuses sous-jacentes de l’Albien.

Après cette visite in situ, retour à la salle des associations pour la suite des communications.

  • Jacques Laulom, L’exploitation de la mine de St-Lon
    Au XIXe siècle, la révolution industrielle suscite un gros besoin d’énergie charbonnière pour faire fonctionner les usines, par exemple pour les machines à vapeur, les forges, les fours divers, le transport avec les locomotives et les bateaux à vapeur, le traitement du sel, etc. À partir des archives du Service des Mines et des exploitants successifs du site de lignite de Saint-Lon, on a pu localiser sur une carte les sondages et les divers puits, et reconstituer les systèmes de galeries.

Nous détaillons les six périodes principales d’exploitation de la mine de Saint-Lon entre 1830 et 1949, ainsi que l’évolution des procédés d’extraction, passant d’un système archaïque entièrement manuel à une rationalisation de l’exploitation tirant parti d’énergies nouvelles comme l’air comprimé et l’électricité. Nous montrons comment les hommes «transformés en taupes» extrayaient le lignite dans des conditions souvent très difficiles.

  • Georges Lasserre, Mes souvenirs de Mineur (Dax - St-Lon-les-Mines)
    (Communication présentée par la fille de G. Lasserre).
    L’auteur livre son émouvant témoignage de mineur, travail pratiqué le plus souvent dans des conditions difficiles. D’abord employé aux Mines de Potasse et de Magnésie du Boudigot à Dax pendant trois ans à partir de 1943, il fut magasinier au « fond », descendant jusqu’à -400 m dans une salle « de sel » de 20 x 10 m (hauteur : 2,5 m), où il apportait du matériel aux mineurs et pansait leurs plaies dues à l’action corrosive du sel. Les derniers mois, il fut détaché aux Carrières de calcaire de Rivière, et se forma au maniement de la poudre et des détonateurs. Puis le 31 décembre 1946, il rejoignit la Compagnie Minière de Saint-Lon-les-Mines ; il y fut rouleur, aide-mineur, et enfin mineur boiseur détenteur du « permis de tir » et chef de galerie. Les conditions au fond étaient rudes : souvent chaleur intense, présence de gaz carbonique (G. Lasserre fut un jour évacué sans connaissance vers la surface), risques d’éboulements ou d’envahissement par l’eau, sol instable, soufre et pyrite qui pouvaient s’enflammer… Après la fermeture de la Mine fin août 1949, il travailla aux Carrières Ophitiques Benquet à Saint-Pandelon.
  • Martine Claverie et Anne-Marie Cattoire, La vie rurale à Saint-Lon, illustrée de photos inédites de la fin du XIXe et début XXe siècles [fonds privé]
    Une collection de photographies anciennes nous éclaire sur la vie d’autrefois au village, grâce à son auteur, Maurice Demoulins de Riols (1872-1956). Fils du sénateur Eugène Demoulins de Riols (ami du ministre dacquois Raphaël Milliès-Lacroix), Monsieur Maurice, comme disaient les Saint-Lonnais, fut un personnage méconnu. Sa passion pour la photographie, cet art nouveau encore peu pratiqué, nous le fait découvrir à travers les scènes de la vie du village, de la vie paysanne et bourgeoise, qu’il s’est plu à fixer sur le verre ou sur les premiers négatifs argentiques. Ces photos, outre leur intérêt ethnologique, témoignent toutes d’un sens esthétique certain, et « le bal de la fête » du village n’est pas sans rappeler les tableaux d’un certain Renoir…

Cette riche journée se poursuivit par des rafraîchissements offerts par la mairie, et par une nouvelle visite du Musée, destinée aux personnes qui n’avaient pu y participer le matin.

 

Société de Borda Séance du 17 décembre 2011 à Dax Société de Borda

La séance a eu lieu à 14 h 30, à Dax (salle n°1 des Halles), sous la présidence de Jean-Jacques Taillentou. Environ cent personnes présentes.

Hubert Delpont, Dax et les Milliès-Lacroix : le temps d’Eugène (1907-1959) (2e partie)
Comme toute bonne histoire d’amour, cela commence par de l’indifférence. Sauf qu’ici, le prétendant mettra près de trente ans pour enlever sa ville. Trente ans de cour assidue et de « cadeaux » dont le plus somptueux - véritable diamant de fiançailles - est le Splendid, que le prétendant offre à sa belle à la veille du mariage de 1929, date de l’accession d’Eugène Milliès-Lacroix au poste de maire. à cette longue phase de séduction succède une indéfectible fidélité entre l’homme et sa ville. Vilipendé de tous côtés, exclu par les Allemands puis par Vichy, déclaré inéligible par la Résistance et la République, Eugène puise dans la constance de ses électeurs dacquois les forces d’un retour que personne n’aurait pronostiqué, au lendemain des années noires de la guerre. À l’origine de la SIFED (Société Immobilière et Fermière des Eaux de Dax), il est le digne continuateur de son père dans l’aventure thermale de Dax.

Kévin Laussu, Le séminaire Notre-Dame-du-Pouy transformé en ambulance durant la Grande Guerre
Dax : 1914. Alors que la guerre éclate en Europe, la vie de la petite cité thermale se retrouve bouleversée. Rien n’est prêt pour recevoir les premiers blessés qui reviennent du front. Tous ceux qui n’ont pas pu partir, enthousiasmés par l’exemple des notables locaux qui s’enrôlent dans les ambulances de la Croix-Rouge improvisées dans les hôtels et les écoles, veulent apporter leur soutien. Un formidable élan  de solidarité général s’est emparé de la population dacquoise. Cette vague de soutien n’a pas échappé à la communauté lazariste et ses séminaristes installés dans la grande maison de N.-D.-du-Pouy, sur l’un des versants du Tuc d’Eauze non loin des Baignots, réquisitionnés par les Services de Santé américains. Un récit passionnant retrouvé fortuitement dans d’anciennes archives de la Congrégation permet aujourd’hui d’avoir un éclairage insolite et inédit sur une période méconnue et charnière de l’histoire de Dax. Ce précieux témoignage ne saurait être complet sans une illustration précise. Or, les toutes dernières recherches sur le sujet ont permis de retrouver et de numériser des plans et un exceptionnel album retraçant l’histoire entière de N.-D.-du-Pouy de 1845 à 1960. Ces découvertes devraient permettre d’ouvrir une étude plus approfondie sur l’historique de cette maison dont on redécouvre aujourd’hui que la renommée internationale en avait fait une institution religieuse incontournable et puissante.

Jean Peyresblanques, L’hôpital de Dax et les enfants trouvés (1777-1850)
Les enfants trouvés ou abandonnés ont toujours été un problème social important quels que soient les époques et les régimes, tant en France qu’à l’étranger. Les causes sont toujours les mêmes avec des intensités variables fonction de l’environnement. Les registres hospitaliers spécifiques très précis de l’hôpital de Dax permettent d’en établir la liste, sans interruption de 1777 à 1850. Une étude générale situera le problème localement en fonction des divers gouvernements et en fonction de l’état civil (noms, tutelles, métiers, vie…). L’existence à Dax d’une garnison et de passages quasi permanent des troupes ayant la cité comme ville-étape amplifie le problème qui s’est aggravé au cours du XIXe siècle. À partir de 1850, l’existence de l’Assistance publique modifie les données hors de l’hôpital.

 

Société de Borda Séance du 12 novembre 2011 à Dax Société de Borda

La séance a eu lieu à 14 h 30, à Dax (salle n°1 des halles), sous la présidence de Jean-Jacques Taillentou. Environ 90 personnes présentes.

Hubert Delpont, Dax et les Milliès-Lacroix : le temps de Raphaël (1878-1899) (1ère partie) - 2011 marque le double anniversaire du 70e anniversaire de la mort de Raphaël Milliès-Lacroix et du 50e anniversaire de la mort de son fils Eugène.L’occasion pour la Société de Borda de faire un bilan du long passage de ces deux maires aux commandes de la ville, entre 1887 et 1899 pour le premier, puis entre 1929 et 1959 pour le second.
L’auteur se propose de dresser un bilan de l’oeuvre du premier, au prisme des deux préoccupations qui dominèrent sa vie : Dax qui, débarrassée de ses remparts développe alors, grâce à Raphaël, sa vocation thermale ; la République laïque dont il est successivement unde ses fondateurs, avant de devenir un de ses grands serviteurs.

Madeleine Jogan, Théodore Denis (1858-1908), député-maire de Dax (2ème partie) - La communication évoque les débuts parlementaires de Th. Denis de 1893 à 1899, sa vie de député et son implication dans plusieurs débats à la Chambre durant cette période : la défense des franchises municipales lors de la révocation du maire de Dax, le maintien des corridas, la « question juive », la tuberculose bovine. Personnalité très populaire à Dax, il fut l’ami et le confident de Raphaël Milliès-Lacroix, comme le révèle une importante correspondance ; les deux hommes suivirent le même parcours politique jusqu’à l’année 1899 qui marque un tournant avec « l’Affaire ».
La suite de son mandat parlementaire et municipal de 1900 à 1908, date de son décès, fera l’objet d’une présentation ultérieure.

Iñaki Zubillaga, Un Écossais dans les Landes, Robin Pattiloch - Le 23 octobre 1295, un traité fut signé par Philippe le Bel, roi de France, et John Balliol, roi d’Ecosse. C’était le commencement d’une alliance franco-écossaise liguée contre l’adversaire commun : l’Angleterre. Le 17 août 1424 se déroula la bataille de Verneuil dans le Perche, où l’armée de Charles VII fut défaite par les Anglais, et où périrent presque tous les Écossais qui étaient à son service.
D’autres Écossais, résolus à avoir leur revanche passèrent la mer et vinrent rejoindre le roi Charles. Ils étaient conduits par Robert Pittiloch un homme d’humble rang qui avait soulevé des recrues pour la guerre de France dans la ville de Dundee. Il était un de ces Écossais qui avaient quitté leur pays « sans sou ni maille ». Il trouva en France gloire, richesses et honneur. Robin Petileu, comme on l’appelait, fut un des meilleurs serviteurs de Charles VII. Il fut au nombre des capitaines qui aidèrent le roi de France à reconquérir la Guyenne. On le trouva chevauchant à travers l’Aquitaine, les Landes et jusqu’à Dax.
Il montra aux Gascons sa fidélité aux Français.

 

Société de Borda Séance du 15 octobre 2011 à Gamarde-les-Bains Société de Borda

La séance a eu lieu à 14 h 30, à Gamarde-les-Bains (salle des fêtes), sous la présidence de Jean-Jacques Taillentou. Environ 80 personnes présentes.

Vincent GUICHENUY, Histoire des églises de Pomarez

Des deux églises de Pomarez mentionnées par le Cartulaire de Dax, il n’en reste plus qu’une. Entièrement reconstruite, à l’exception de son clocher, elle pourrait receler dans ce dernier de très anciens vestiges du bâtiment originel. Entre le Moyen-âge et aujourd’hui, ces édifices ont laissé des témoignages divers de leur histoire.

Hervé COUDROY, La caverie du Rau à Gamarde, du XIVe au XVIe siècle

Vers 1585, François du Haa, seigneur du Rau, avocat et poète, commande la rédaction d’un livre terrier. Ce document, qui se réfère à des pièces originales aujourd’hui perdues, reconstitue la généalogie des seigneurs du lieu depuis 1313, ainsi que les étapes de la construction de leur domaine. L’étude des rares documents issus des fonds publics qui concernent les seigneurs du Rau permet de combler certaines lacunes du terrier. Dans le même temps se pose la question de l’authenticité du corpus formé par le livre et son annexe, une généalogie rédigée vers 1633. Sans doute la véracité de ces documents n’est-elle que partielle, car on doit reconsidérer leur témoignage à la lumière du contexte politico-religieux tourmenté de la fin du XVIe siècle.

Bruno BEURRIER, Le château et la dynastie des Poyanne

Charles-Léonard de Baylenx, marquis de Poyanne et de Castelnau, baron de Gamarde, de Clermont et autre lieux, gouverneur des villes et châteaux de Dax et Saint-Sever, lieutenant général des armées du Roi, chevalier de ses ordres,  lieutenant inspecteur commandant du corps des carabiniers et commandant en chef dans les provinces de l’intérieur du royaume, s’éteint le 20 septembre 1781 à Vendôme. Un an auparavant, grâce à une fortune conséquente qu’il avait amassée, il termina l’édification du château familial commencée un siècle et demi plus tôt, en respectant l’unité architecturale de style Louis XIII.
Poyanne achevé, le château symbolise, comme beaucoup de demeures, l’apogée d’une dynastie, mais ce fut surtout une manière élégante, pour son dernier représentant, d’écrire dans la pierre le mot fin à l’histoire d’une famille chalossaise qui régna plus de quatre siècles sur notre région.
Poyanne est aujourd’hui vide, mais comme un écrin, il renferme un décor et une histoire où se croisent la grande et la petite histoire.

 

Société de Borda Journée d’études du 18 juin 2011 Société de Borda

« Sœur Rutan et Dax au XVIIIe siècle »

La Société de Borda a marqué l’événement de la béatification de Sœur Rutan, directrice de l’hôpital de Dax de 1779 à 1794, en organisant au Splendid Hôtel, à l’endroit où a été guillotinée la Fille de la Charité, une Journée d’études qui a réuni plus de 150 personnes.

Le diocèse landais en 1794, par M. l’Abbé Jean-Pierre Laulom

En 1794, le diocèse alors intitulé « des Landes » vient de connaître un très grand bouleversement. En parcourant brièvement les grandes étapes de l’histoire des deux antiques diocèses d’Aire et de Dax, on s’attardera à l’évolution des idées à la fin du XVIIIe siècle, annonciatrices des changements radicaux survenus en 1790 à la suite de la Constitution civile du clergé. Dans la nouvelle organisation de l’Église en France, les anciens diocèses disparus sont remplacés par les diocèses « constitutionnels » lesquels, dans le cas des Landes, connaissent des changements géographiques et organisationnels radicaux.

Les deux cités épiscopales sont déchues de leur rang, le prélat d’Aire (Sébastien de Cahuzac de Caux), plus ouvert aux idées nouvelles, et celui de Dax (Charles-Auguste Le Quien de Laneufville), dès le départ très opposé aux changements, doivent tous deux s’exiler au printemps 1791, le premier en Allemagne, le second en Espagne, chassés par l’arrivée de l’évêque constitutionnel Jean-Pierre Saurine, dont l’entrée dans Dax fut mouvementée.

Commence alors une période de grande incertitude et de tensions. L’Église « nouvelle formule » est d’abord établie et protégée par la loi, l’Église « réfractaire », interdite et poursuivie. La législation de 1793 supprime ensuite tout appui et proclame la première séparation totale de l’Eglise et de l’Etat. C’est dans ce contexte que se produisent les exécutions du 9 avril 1794.

Histoire de l’hôpital de Dax de 1779 à 1789, par Jean Peyresblanques

L’hôpital général de Dax naquit de la fusion de l’hôpital Saint-Eutrope et de l’hôpital de Saint-Esprit à la suite de l’arrêt royal de décembre 1778 mettant fin à un procès de plus de trente ans. Bâtiments nouveaux, règlements nouveaux et une nouvelle supérieure, sœur Marguerite Rutan.

Les dix années qui suivirent furent extraordinairement fructueuses. Considéré à l’époque comme hôpital modèle, il a été possible d’en suivre toute la gestion avec les archives hospitalières fort bien tenues par la supérieure. Ces documents permettent de brosser un chapitre de l’histoire de l’hôpital qui s’arrête à la Révolution en raison de différentes décisions administratives nationales.

Vie de Sœur Marguerite Rutan, par Jean-Pierre Renouard, cm

Enfance et jeunesse

Marguerite naît à Metz le 23 avril 1736. L’important foyer protestant de la ville disparaît suite à la révocation de l’édit de Nantes, qui provoque une émigration messine vers Berlin. Cela cause préjudice à l’économie locale, le commerce et l’artisanat étant presque entièrement aux mains des huguenots. Peut-être est-ce pour cela que le père de Marguerite, Charles-Gaspard Rutan, ne reste pas un simple ouvrier mais devient un spécialiste tailleur de pierre, maître-maçon, architecte, entrepreneur ; il est élu échevin de la paroisse Saint-Étienne. A 18 ans, Marguerite émet le désir de devenir Fille de la Charité mais Charles-Gaspard veut garder sa fille près de lui pour bénéficier des compétences acquises par son éducation. La décision paternelle est formelle, pas avant la 21e année.

Fille de la charité

Marguerite est attirée par le témoignage des sœurs de l’hôpital qui, depuis 1653, rayonnent sur Metz et au-delà. Elle y entre pour accomplir son postulat, un temps de regard des sœurs sur la candidate et de la candidate sur la communauté, la règle, la vie spirituelle et apostolique. Le 27 avril 1757, sur le rapport favorable de la supérieure de Metz, par libre décision, elle accomplit rue du Faubourg Saint-Denis, à Paris, son noviciat à la maison-mère des Filles de la Charité. En septembre 1757, elle reçoit son premier placement. Après un hypothétique passage à Toulouse, la Providence l’envoie à Pau. Au moment où arrive soeur Rutan, l’établissement est sur le point de fermer. En un an, elle remédie à la situation et dévoile, en ce lieu, ses compétences et sa grande intelligence.

Les prochaines étapes sont Brest, Fontainebleau, Blangy-sur-Bresle, Troyes. Sur ces entrefaites, l’évêque de Dax, Mgr Le Quien de Laneufville, venu de Bordeaux et aumônier général des Carmélites, demande une supérieure pour son hôpital. Sœur Marguerite prend le coche pour notre Sud-Ouest. Elle n’en repartira jamais, mêlée à la terre dacquoise…

Dax et son hôpital

Elle quitte Paris à l’âge de 43 ans avec 22 ans déjà d’expérience de vie vincentienne : cinq compagnes constitueront la communauté dont elle aura la charge. Parmi elles, une nièce, Victoire Bonnette. Les autres sont Marguerite Nonique, Jeanne Chanu, Félicité Raux, Josèphe Devienne.

Les événements

Les débuts de la Révolution sont prometteurs : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses ». Mais l’abolition des privilèges effraie. Les biens de l’Église sont mis à la disposition de la Nation. D’autres mesures sont prises avec la Constitution Civile du clergé. Le divorce se consomme avec la création des 83 évêchés correspondant aux nouveaux départements (au lieu des 130). A cela s’ajoutent : « la suppression de tous les titres et offices, le pouvoir épiscopal collectif, un conseil permanent de vicaires généraux auprès de chaque évêque, le détachement de Rome, l’élection remplaçant la forme canonique de nomination, des salaires d’Etat, le devoir de résidence, et surtout l’obligation de serment de fidélité à la Constitution, tels sont les ingrédients du conflit. L’Église est inféodée au pouvoir temporel ».

Marguerite dans la tourmente

Toutes les sœurs assistent, impuissantes, à la nomination du nouvel évêque constitutionnel, Monsieur Saurine. Marguerite parvient à négocier le maintien de l’aumônier l’abbé Lacouture qui n’a pas prêté le serment constitutionnel. Éclaircie de courte durée… Il est remercié et les sœurs voient arriver un certain Larraburu, qui a prêté serment avec cinq autres, dans la cathédrale de Dax, le 23 janvier 1791. Marguerite prend ses responsabilités : les sœurs n’assisteront pas à la messe du nouvel aumônier prévue le 2 juin 1792, ce qui suscite un tollé de protestations de la part des révolutionnaires. Dans la nuit du 3 au 4 juin 1792, les sœurs transportent des effets particuliers chez des personnes amies. Elles sont vues et le lendemain, accusées de tentative de vol. Deux jours d’enquêtes s’en suivent … et l’affaire est close. Mais la suspicion s’installe tandis qu’un autre incident survient : des soldats guéris par les soins des sœurs donnent un bref concert sous la direction d’un musicien de fortune, c’est la fameuse « sérénade de Raoux ». Les sœurs sortent sur leur pas de porte, écoutent la musique, regardent quelques militaires esquisser un pas de danse, applaudissent puis distribuent quelques douceurs ou remplissent des verres. Quelques témoins font immédiatement leur rapport au club des Barnabites de Dax. L’accusation tombe comme un couperet ; la supérieure (toujours elle !), est coupable de « s’être livrée au plaisir et d’avoir abandonné les frères d’armes mutilés en défendant la patrie ».

Au cœur de la Terreur

Le surlendemain, 26 décembre, se présente un dénommé Bouniol qui vient témoigner que « toutes les sœurs étaient des coquines d’aristocrates, débauchant les soldats, qu’elles les prêchent pour aller dans la Vendée, qu’elles font danser et chanter des chansons diaboliques et leur donne de l’argent ». Sœur Marguerite est, entre autres reproches, accusée de détenir des images-prières, des litanies au Sacré-Cœur, emblème de la Vendée. Après Noël, le 15 janvier 1794, le Comité de surveillance lui reproche « son attachement aux croyances et aux pratiques religieuses ». En fait, la supérieure gardait, pour les rendre à toutes les familles, les papiers personnels des soldats décédés, quelles que soient leur origine et leur teneur ! Il était facile ainsi de trouver des pièces compromettantes.

Le procès

Arrive alors à Dax l’imparable Pinet qui part en guerre contre les aristocrates et les « fanatiques ». Il ordonne la construction d’une guillotine sur la place Poyanne ; le 2 mars, des prisonnières des Carmes sont envoyées à Pau. Marguerite n’est pas du voyage. « Je vois bien qu’on m’a gardée pour me faire mourir », ne peut-elle que constater. A l’hôpital, les griefs contre ses compagnes sont les suivants : « D’après les plaintes multipliées que les citoyens font éclater de toutes parts contre les ci-devant Sœurs de Charité, actuellement attachées à l’hôpital de la ville de Dax, qui manifestent dans leur conduite, leurs propos et leurs actions l’aristocratie la plus puante, le fanatisme le plus dangereux, la superstition la plus honteuse…». Elles sont emprisonnées aux Carmes sauf Marguerite Nonique. Le 3 avril, le nom de Marguerite Rutan est proposé pour la guillotine par la commission extraordinaire mise en place par Pinet, pour les motifs suivants : débauche de soldats, incitation à la désertion, comportements aristocratiques et diaboliques, liaison avec un Prince d’Autriche (ce qui laisse perplexe plus d’un historien !). Cinq jours après la rédaction de cet acte de dénonciation, la commission se réunit, le 9 avril, dans la salle du palais épiscopal devenu Hôtel de Ville. Vers une heure de l’après-midi, sont amenés l’abbé Lannelongue et sœur Rutan. Le sort du premier est vite réglé : condamnation immédiate. Marguerite répond avec calme et courage à chaque chef d’accusation. Une dernière fois, elle tente de répondre aux griefs énoncés mais sa voix est couverte par les tambours, sur ordre du Président : « Nous sommes convaincus ». Et l’acte d’accusation introduit le mot-clé de la condamnation : « fanatiques » !.

Le martyre

On conduit les deux prévenus à la prévôté : c’est le mercredi de la Passion. Ils sont attachés dos à dos pour célébrer un mariage républicain. La charrette est entourée de gendarmes et de dragons suivis du bourreau. Le cortège va au pas de charge, rue de l’évêché, rue Cazade, et arrive place Poyanne, à deux pas d’ici. L’abbé est préparé le premier. La sœur ne détourne pas les yeux et assiste au supplice du prêtre ; elle est ensuite parée elle-même, empêche le bourreau de la toucher par respect pour sa virginité et gravit, d’un pas assuré, les marches de l’estrade. Sa tête est tranchée tandis que le bourreau bouscule son corps et le frappe.

Présentation d’affiches révolutionnaires de l’an II pour le district de Dax, par Marie-Claire Duviella

Les Archives départementales des Landes conservent un lot d’affiches imprimées où sont reproduits, sur une très courte période (9 ventôse an II, 27 février 1894 - 3 floréal an II, 22 avril 1794), les arrêtés pris, pour les districts de Dax et de Saint-Sever, par les représentants du peuple « près l’armée des Pyrénées occidentales et les départements environnants », ainsi que des jugements rendus par la commission extraordinaire du tribunal révolutionnaire. Celui-ci, en dix-huit jours, enverra à l’échafaud plus de trente personnes. Parmi elles, sœur Marguerite Rutan, déclarée bienheureuse en 2010 par le pape Benoît XVI et béatifiée à Dax le 19 juin 2011. Dans le style emphatique et ampoulé de l’époque, ces affiches, destinées à être placardées à la vue de tous sur les portes de la maison commune, sont la sinistre expression de la répression sanglante qui prévalut, comme partout, dans notre département.

Présentation de la chapelle de l’hôpital thermal de Dax, au cours d’une visite commentée,

par Jacques Pons, directeur des Archives des Landes.

 

Société de Borda Séance du 21 mai 2011 à Capbreton Société de Borda

La séance a eu lieu à 14 h 30, à Capbreton (salle Roger Calès, maison du port), sous la présidence de Jean-Jacques Taillentou. Environ 45 personnes présentes.

Pierre Ferrari, Maurice Martin et le décadentisme
Le Triptyque de Maurice Martin est-il une œuvre décadente ?
Pour composer son œuvre poétique sur les Landes et la Côte d’Argent, Maurice Martin s’est inspiré de nombreux courants poétiques comme le Parnasse, le Symbolisme et le néo-romantisme de Francis Jammes.
Au-delà de la simple description de la Lande et du monde réel qui sombre dans la barbarie de la Première Guerre mondiale, Maurice Martin nous fait découvrir un autre monde, un monde supérieur, celui du rêve, de l’imagination dans lequel le poète accède à la Beauté.

Jean-Paul Lagardère, Les appeaux landais
Durant leur passage au dessus de la plaine landaise, la capture de certains oiseaux migrateurs nécessitait d’attirer leur attention en les invitant à atterrir sur un sol garni de filets ou de crins. Ces chasses d’affût ou aux appeaux étaient et sont encore basées sur une imitation très précise des cris ou des chants émis par l’espèce d’oiseau convoitée. Pour obtenir ces imitations, les chasseurs landais ont imaginé et fabriqué de petits instruments rustiques avec lesquels ils ont pu et peuvent encore leurrer leurs gibiers, à savoir : la tourterelle des bois, le vanneau huppé et divers passereaux comme l’alouette des champs, la linotte mélodieuse mais aussi la grive musicienne. La description et le mode d’utilisation de ces appeaux nous permettent de garder la mémoire de techniques de chasse, souvent très anciennes et propres au pays landais.

Marie-Claire Duviella, Deux Capbretonnais dans le Paris du « Grand Siècle » : Dominique et Pierre Darlons
Dans le Paris du Grand Siècle, les Capbretonnais Dominique et Pierre Darlons occupèrent, entre 1675 et 1709 dans la Maison de Bourbon-Condé, les prestigieuses fonctions de secrétaires des commandements : d’abord de Louis II, dit le Grand Condé, puis de son fils, Henri-Jules de Bourbon. Dotés d’une immense fortune qu’ils surent faire fructifier, ces « clients » des Princes de Condé ont, dans l’exercice de leurs fonctions, côtoyé les plus grands noms du Royaume mais n’oublièrent jamais leur ville natale.

 

Société de Borda Séance du 25 juin 2011 à Mimizan Société de Borda

La séance a eu lieu à 14 h 30, à Mimizan (salle Maurice Martin), sous la présidence de Jean-Jacques Fénié. Environ 70 personnes présentes.

Jean-Claude MERLET, L’archéologie et la forêt des Landes : du sable, la forêt, des hommes

La forêt des Landes de Gascogne couvre aujourd’hui 10 000 km², soit la superficie moyenne de deux départements français. Dans l’esprit de bon nombre de personnes, avant le boisement systématique entrepris depuis le Second Empire, la région était un désert de sable. Cette réputation a longtemps été un frein aux recherches sur le peuplement ancien, d’autant que l’omniprésence de la forêt constitue un obstacle aux investigations.Sous l’impulsion du Centre de Recherches Archéologiques sur les Landes (CRAL), un programme d’archéologie forestière a porté depuis 20 ans sur de vastes zones dans tout le massif, en sud-Gironde et dans les Landes. L’exploration de ce territoire a nécessité la mise au point de méthodes adaptées aux labours et replantations de pins. C’est près de 500 sites archéologiques nouveaux, concernant toutes les périodes depuis le Mésolithique (8 000 ans avant notre ère) jusqu’au Moyen Age, qui ont ainsi été mis au jour. Certains secteurs géographiques qui ont bénéficié de prospections systématiques, comme les cantons de Sabres, Morcenx, Labrit, Belin-Beliet, Hostens, ont montré une densité remarquable de vestiges. Plusieurs gisements ont été fouillés et étudiés. Ils nous révèlent des groupes humains aussi évolués que leurs voisins des régions de plaine comme la vallée de la Garonne par exemple.
Les grands travaux d’infrastructure routière et ferroviaire (autoroute A 65 Langon-Pau, future ligne à grande vitesse Bordeaux-Espagne) sont des coupures destructrices dans la forêt. En même temps, ils sont une occasion d’observer sur de grandes surfaces les occupations humaines anciennes.
D’un autre côté, les études du climat et de la végétation des derniers millénaires nous restituent un paysage landais composé d’une mosaïque de bois, de zones cultivées et de landes. Ces résultats modifient complètement la vision que l’on pouvait avoir des Landes de Gascogne. Loin d’avoir été le désert répulsif trop souvent évoqué par l’imagerie populaire, cette région a toujours été occupée, et dès la Préhistoire récente les hommes ont su s’adapter aux conditions écologiques particulières de ce milieu.

Mathilde MIQUEOU, Les derniers chasseurs-cueilleurs de la Préhistoire dans les Landes de Gascogne

Les dix dernières années de recherches dans les Landes ont permis de mettre au jour plus d’une soixantaine de sites du Mésolithique. Cette période chrono-culturelle connaît de grands changements dans les modalités de chasse liés à l’évolution de l’industrie lithique et des espèces présentes. Les Landes ne restent pas en marge de ce processus comme on a longtemps pu le croire faute de découvertes ou de reconnaissance de la culture matérielle du Mésolithique, dans une région où le sable pose de réels problèmes taphonomiques. Deux sites ont à ce jour été fouillés et étudiés mais deux autres sont en cours ou en passe d’être fouillé. Néanmoins, les ramassages de surface apportent des informations non négligeables sur l’occupation du territoire et les périodes durant lesquelles il a été exploité. Ainsi, nous avons constaté que les hommes du Mésolithique s’installaient à proximité des cours d’eau et pouvaient parcourir jusqu’à une soixantaine de kilomètres pour se procurer des ressources lithiques comme le suggère l’analyse des matières premières. Les armatures, les outils, les supports bruts … sont majoritairement caractéristiques du Premier Mésolithique (9500-6000/5900 cal BC) : triangles isocèles et scalènes, micro lamelles à bords abattus … Les indices du Second Mésolithique sont moins nombreux en comparaison mais ils sont présents. De plus, il semble que les Landes reçoivent des influences du versant sud des Pyrénées et du Bassin Méditerranéen et qu’elles ont contribué à l’élaboration d’armatures originales.
Les Landes participent donc aux dynamiques culturelles dès la Préhistoire et continuent bien au-delà. Les derniers-chasseurs de la Préhistoire n’ont pas dénigré les Landes, bien au contraire.

 

Société de Borda Séance du 16 avril 2011 à Dax Société de Borda

 
La séance a eu lieu à 14 h 30, à Dax (au Casino Barrière), sous la présidence de Jean-Jacques Taillentou. Environ 120 personnes présentes.

Alain Bouet, La basilique romaine de Dax (nouvelle lecture d’un site archéologique
Les fouilles menées dans l’« Îlot central » de Dax entre 1978 et 1980 ont mis au jour de puissantes structures monumentales interprétées alors comme celles d’un temple italique. La reprise de l’ensemble de la documentation ancienne et l’étude du parcellaire permettent d’y voir une partie de la basilique et de l’area du forum de la cité des Tarbelles. Cette découverte sera ensuite replacée au sein des autres centres civiques de l’Aquitaine romaine. Dax peut ainsi s’enorgueillir de conserver, toujours visible dans la crypte archéologique, un des rares fora de l’Aquitaine romaine.

Yan Laborie, Labrit et les Albret
Résumé non parvenu.

Jean-Claude Merlet, Les 10 dernières années de recherches archéologiques dans les Landes
Au cours des 10 dernières années, l’archéologie landaise a considérablement évolué. La recherche, organisée autour de deux orientations : recherche programmée et opérations préventives, a connu une croissance exponentielle. Elle a été stimulée par de nouvelles dispositions législatives et par la multiplication des travaux d’infrastructure (autoroute A 65 Langon-Pau notamment) et d’aménagement urbain. La perception des modes de vie de nos lointains ancêtres est facilitée aussi par les progrès des techniques d’analyse (datations, sciences de l’environnement). Aux 150 opérations de terrain menées durant cette décennie (fouilles, prospections), il faut ajouter les découvertes fortuites et les travaux de laboratoire. Il a été mis au jour davantage de gisements pendant les 10 dernières années que durant les 40 années précédentes. Notre connaissance du passé s’en trouve modifiée radicalement.
Pour les Landes, un des acquis majeurs de la période récente est la mise en évidence d’un peuplement de la région du sable des Landes qui ne s’est pas démenti depuis le Mésolithique (8 000 ans avant J.-C.) jusqu’à la période antique, en passant par le Néolithique et les Ages des métaux. Le mythe du « désert landais » est ainsi définitivement mis à mal. Si les périodes les plus anciennes n’ont pas bénéficié des grandes avancées, faute sans doute de chercheurs spécialisés, de nouveaux gisements de plein air du Paléolithique supérieur (entre 35 000 ans et 11 000 ans av. notre ère) sont fouillés en Chalosse, comme Banos et Montaut. La Chalosse apparaît de plus en plus comme un espace très fréquenté durant la Préhistoire par les hommes qui sont venus s’approvisionner en silex pour confectionner leurs armes et leurs outils, ces déplacements étant parfois le fait de groupes installés à plus de 100 kilomètres.
Pour les périodes récentes (Ages des Métaux) quelques découvertes sortent de l’ordinaire, comme un dépôt de vases de la phase moyenne de l’âge du Bronze (1 000 ans av. notre ère) à Beylongue, qui n’a pas d’équivalent en France ; ou encore comme la nécropole de l’âge du Fer de Mouliot à Laglorieuse, fouillée entre 1995 et 2002, qui s’avère la plus importante d’Aquitaine à ce jour. Un site comme le lac de Sanguinet présente un caractère exceptionnel au plan national.
Les chercheurs landais tiennent une place honorable dans cette activité bouillonnante, notamment grâce à deux équipes de bénévoles (le CRAL et le CRESS).

 

Société de Borda Séance du 19 mars 2011 à Mont-de-Marsan Société de Borda

La séance a eu lieu à 14 h 30, à Mont-de-Marsan (salle Lamarque-Cando), sous la présidence de Bruno Cahuzac. Environ cent personnes présentes.

Jean-Claude Merlet et Hervé Barrouquère, Pierre-Eudoxe Dubalen, archéologue landais aux multiples facettes
Parmi les pionniers de l’archéologie landaise, P.-E. Dubalen occupe une place particulière. C’est lui qui en 1880 découvre et fouille la grotte du Pape à Brassempouy. En 1900, il fouille l’abri Dufaure à Sorde, et en 1908 la grotte de Rivière. Il consacre une grande partie de son activité aux tumulus du Tursan, qui lui livrent de nombreux ensembles funéraires.
Si la carrière de Dubalen a déjà été retracée par ses successeurs, certains aspects méconnus ou controversés du personnage méritent d’être mis en lumière. Ils nous éclairent sur sa personnalité et aussi sur la formation de la discipline archéologique au début du XXe siècle.
En 1885, P.-E. Dubalen fait don de ses collections à la Ville de Mont-de-Marsan. Elles sont transférées peu de temps après dans l’actuel Hôtel de Ville, puis, dans les années 1970, dans une des maisons romanes. La nouvelle présentation de la collection Dubalen est inaugurée en 1972, alors que dès 1968, le donjon Lacataye tout proche abrite le musée Despiau-Wlérick, consacré à la sculpture figurative contemporaine. Après la réunion des deux bâtiments quelques années plus tard les collections d’Histoire Naturelle et d’archéologie seront reléguées dans des réserves.
La collection archéologique de Dubalen est constitué des pièces provenant de ses fouilles, mais aussi d’objets ramassés en Chalosse (bifaces, haches polies). Les vicissitudes de la collection (déménagements successifs, outrages du temps, nombreuses manipulations) n’ont pas été propice à une bonne conservation de ces intéressantes séries. Cependant, depuis peu un intérêt nouveau se manifeste pour les travaux de Dubalen. Cette année, plus d’une soixantaine d’objets - dont 23 après restauration - vont être présentés dans le cadre de deux expositions à Sabres et à l’abbaye d’Arthous, tandis que le projet d’une étude complète de la collection s’ébauche. Doit-on y voir les prémices d’une réhabilitation de cette importante collection ?

Bernard Gellibert, Fouilles récentes de nécropoles de l’âge du fer dans les Landes
Plusieurs nécropoles du 1er âge du fer ont été fouillées récemment.
L’organisation des cimetières et les pratiques funéraires obéissent à des conventions répandues dans un large espace géographique: incinération, enfouissement dans une fosse d’ un vase ossuaire avec un  plat couvercle et vase d’accompagnement. Les tombes sont entourées le plus souvent d’ arcs de cercles en pierres. Un style décoratif original du mobilier céramique laisse entrevoir des particularités régionales. L’étude des ossements éclaire sur le recrutement des défunts.

Françoise Caussé, Marie Baranger et ses fresques dans les Landes (1940-1943)
Le patrimoine landais s’honore de posséder dans une dizaine d’églises du département des fresques de Marie Baranger. Cet ensemble décoratif, très original, est révélateur de l’esprit dans lequel les « Ateliers d’art sacré » fondés en 1918 par les peintres Maurice Denis et George Desvallières, engagèrent de jeunes artistes chrétiens dans un art religieux qui se voulait « moderne » tout en maintenant, face au cubisme et à l’abstraction, une voie pour l’art figuratif plus traditionnel. Le relatif oubli de ces artistes est lié au fait que leur travail se trouvait à la marge des grands courants artistiques, mais depuis quelques années on constate une nouvelle curiosité pour leurs œuvres. Elles témoignent notamment de l’intérêt, largement partagé dans les années 1930 par les artistes - les « maîtres » et les plus modestes - pour les anciennes techniques artisanales : tapisserie, vitrail, fresque, mosaïque.
Fresquiste formée aux « Ateliers d’Art sacré » et à l’Atelier de la Fresque de Paul Baudouin, Marie Baranger (1902-2003) est l’auteur de très nombreuses œuvres dans des églises de France et de nombreux autres pays (Afrique du Sud et du Nord, Jordanie, Syrie, Pakistan, Irak, Iran, Inde, Japon, Vietnam…), menant de front ses créations avec son travail pour « Art et Louange ». Cette association très novatrice, qu’elle fonda avec son frère en 1936, constitue un élément fort peu connu de l’histoire de l’Eglise catholique dans les « pays de mission ».
Les aléas de la Seconde Guerre mondiale amenèrent Marie Baranger dans les Landes entre 1941 et 1943. A la demande des curés de l’époque, elle exécuta de savants décors à fresque à Gabarret, Betbezer, Lubbon, Arx, Baudignan, Saint-Pierre-du-Mont, Mont-de-Marsan, Villeneuve de Marsan, Saint-Geours d’Auribat, Poyanne. Dans ses programmes iconographiques - dont les thèmes récurrents sont le « Chemin de croix » et « la Vierge », en des formulations variées - Baranger insère des portraits de personnes du cru, des paysages locaux et elle joue avec les décors plus anciens et met en valeur les éléments sculptés. L’œuvre la plus ambitieuse est sa fresque de Lubbon qui occupe l’intégralité du mur aveugle qui clôture le chœur à l’Est et englobe l’autel. Cependant, des fresques ont disparu ou ont été recouvertes ; en particulier celle de Saint-Pierre-du-Mont (le plus grand ensemble landais, avec 100 m2), a été détruite en 1985 sans qu’il ait été conservé de traces documentaires. Etant donné l’intérêt du travail de Marie Baranger, il serait utile de restaurer et de protéger celles qui subsistent dans les Landes.

 

 

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